‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 515 sur 594 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

LAODICE

Seigneur, si je m'égare, on peut me l'enseigner.

PRUSfAS.

Vous méprisez trop Rome , et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père.

LAODICE

Vous verriez qu'à tous deux je rends ce que je doi , Si vous vouliez mieux voir ce que c'est qu'être roi. Recevoir ambassade en qualité de reine , Ce serait à vos yeux faire la souveraine. Entreprendre sur vous, et dedans votre État Sur votre autorité commettre un attentat. Je la refuse donc , Seigneur, et me dénie L'honneur qui ne m'est dû que dans mon Arménie. C'est là que sur mon trône avec plus de splendeur Je puis honorer Rome en son ambassadeur, Faire réponse en reine , et comme le mérite Et de qui l'on me parle, et qui m'en sollicite. Ici c'est un métier que je n'entends pas bien , Car hors de l'Arménie enfin je ne suis rien; Et ce grand nom de reine ailleurs ne m'autorise Ou'à n'y voir point de trône à qui je sois soumise, A vivre indépendante, et n'avoir en Iqms lieux Pour souverains que moi, la raison, et les dieux.

PRUSIAS

Ces dieux vos souverains, et le roi votre père. De leur pouvoir sur vous m'ont fait dépositaire ; Et vous pourrez peut-être apprendre une autre fois Ce que c'est en tous lieux que la raison des rois. Pour en faire l'épreuve allons en Arménie; Je vais vous y remettre en bonne compagnie. Partons , et dès demain , puisque vous le voulez : Préparez-vous à voir vos pays désolés; Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre. Des montagnes de morts, des rivières de sang.

LAODICE

Je perdrai mes États, et garderai mon rang; Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette Me feront votre esclave, et non votre sujette : Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.

Nous ferons bien changer ce courage indompté ; Et quand vos yeux, frappés de toutes ces misères, Verront Âttale assis au trône de vos pères, Alors, peut-être, alors vous le prirez en vain Que pour y remonter il vous donne la main.

LAODICE

Si jamais jusque-là votre guerre m'engage, Je serai bien changée et d*âme et de courage. Mais peut-être , Seigneur, vous n'irez pas si loin : Les dieux de ma fortune auront un peu de soin; Ils vous inspireront, ou trouveront un homme Contre tant de héros que vous prêtera Rome.

PRUSIAS

Sur un présomptueux vous fondez votre appui ; Mais il court à sa perte, et vous traîne avec lui. Pensez-y bien. Madame, et faites-vous justice; Choisissez d'être reine, ou d'être Liodice; Et , pour dernier avis que vous aurez de moi , Si vous voulez régner, faites Attale roi. Adieu.

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