NICOMÈDE, LAODICE
NICOMÈDE
Ma générosité cède enfin à sa haine :
Je l'épargnais assez pour ne découvrir pas
Les infâmes projets de ses assassinats ;
Mais enfin on m'y force, et tout son crime éclate.
J'ai fait entendre au roi Zenon et Mélrobate ;
Et, comme leur rapport a de quoi l'étonner,
Lui-même il prend le soin de les examiner.
LAODIGE.
Je ne sais pas. Seigneur, quelle en sera la suite;
Mais je ne comprends point toute cette conduite,
Ni comme à cet éclat la reine vous contraint.
Plus elle vous doit craindre, et moins elle vous craint;
Et plus vous la pouvez accabler d'infamie ,
Plus elle vous attaque en mortelle ennemie.
NICOHÉDE.
Elle prévient ma plainte , et cherche adroitement A la faire passer pour un ressentiment ; Et ce masque trompeur de fausse hardiesse Nous déguise sa crainte, et couvre sa faiblesse.
LAODICE
Les mystères de cour souvent sont si cachés, Que les plus clairvoyants y sont bien empochés. Lorsque vous n'étiez point ici pour me défendre , Je n'avais contre Attale aucun combat à rendre; Rome ne songeait point à troubler notre amour. Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour; Et dans ce même jour, Rome, en votre présence, Avec chaleur pour lui presse mon alliance.
Pour moi , je ne vois goutte en ce raisonnement
Qui n'attend point le temps de votre éloignement;
Et j*ai devant les yeux toujours quelque nuage
Qui m'offusque la vue, et m*y jette un ombrage.
Le roi chérit sa femme, il craint Rome; et, pour vous,
S*il ne voit vos hauts faits d*un œil un peu jaloux ,
Du moins, à dire tout, je ne saurais vous taire
Qu'il est trop bon mari pour être assez bon père.
Voyez quel contre-temps Altale prend ici!
Qui l'appelle avec nous? quel projet? quel souci?
Je conçois mal. Seigneur, ce qu'il faut que j'en pense :
Mais j'en romprai le coup , s'il y faut ma présence.
Je vous quitte.