‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 527 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE H

Et c'est là proprement le partage des femmes.

Punissez donc, Seigneur, Métrobate et Zenon;

Pour la reine, ou pour moi, faites-vous^n raison.

A ce dernier moment la conscience presse;

Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse ;

Et ces esprits légers, approchant des abois,

Pourraient bien se dédire une seconde fois.

ARSINOÉ

Seigneur...

NICOMÈDE

PaHez, Madame, et dites quelle cause A leur juste supplice obstinément s'oppose ; Ou laissez-nous penser qu'aux portes du trépas Ils auraient des remords qui ne vous plairaient pas.

ARSlNOÉ.

Vous Yoyez à quel point sa haine m'est cruelle :

Quand je le justifie, il me fait criminelle.

Mais sans doute. Seigneur, ma présence l'aigrit,

Et mon éloignement remettra son esprit;

n rendra quelque calme h son cœur magnanime,

Et lui pourra sans doute épargner plus d'un crime.

Je ne demande point que par compassion

Vous assuriez un sceplre à ma protection,

Ni que, pour garantir la personne d'Attale,

Vous partagiez entre eux la puissance royale :

Si vos amis de Rome en ont pris quelque soin ,

C'était sans mon aveu, je n'en ai pas besoin.

Je n'aime point si mal que de ne vous pas suivre ,

Sitôt qu'entre mes bras vous cesserez de vivre;

Et sur votre tombeau mes premières douleurs

Verseront tout ensemble et mon sang et mes pleurs.

PRUSIAS

Ah! Madame!

ARSINOÉ

Oui, Seigneur, cette heure infortunée Par vos derniers soupirs clora ma destinée ; Et, puisque ainsi jamais il ne sera mon roi, Qu'ai-je à craindre de lui? que peut-il contre moi? Tout ce que je demande en faveur de ce gage, De ce fils qui déjà lui donne tant d'ombrage , C'est que chez les Romains il retourne achever

670 NICOMÈDE

Des jours que dans leur sein vous fîtes élever ; Qu'il relourae y traîner, sans péril et sans gloire. De votre amour pour moi Timpuissante mémoire* Ce grand prince vous sert , et vous servira mieux Quand il n'aura plus rien qui lui blesse les yeux : Et n'appréhendez point Rome, ni sa vengeance; Contre tout son pouvoir il a trop de vaillance : Il sait tous les secrcls du fameux Ânnibal, De ce héros à Rome en tous lieux si fatal. Que l'Asie et l'Afrique admirent l'avantage Qu'en tire Antiochus et qu'en reçut Carthage Je me retire donc, afin qu'en liberté Les tendresses du sang pressent votre bonté; Et je ne veux plus voir, ni qu'en votre présence Un prince que j'estime indignement m'offense. Ni que je sois forcée à vous mettre en courroux Contre un fils si vaillant et si digne de vous.

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