‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 526 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE IL 6C · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL 6C

Quelque appât que lui-même il trouve en Laodicc ,

C*est moi qui fais qu'Âttale a des yeux comme lui ;

C'est moi qui force Rome à lui senrir d*appui ;

De cette seule main part tout ce qui le blesse ;

Et, pour venger ce maître et sauver sa maîtresse.

S'il a tâché. Seigneur, de m*éloigner de vous,

Tout est trop excusable en un amant jaloux.

Ce faible et vain effort ne touche point mon âme.

Je sais que tout mon crime est d'être votre femme ;

Que ce nom seul l'oblige à me persécuter :

Car enfin hors de là que peut-il m'imputer?

Ma voix, depuis dix ans qu'il commande une armée,

Â-t-elle refusé d'enfler sa renommée?

Et, lorsqu'il l'a foUu puissamment secourir.

Que la moindre longueur l'aurait laissé périr,

Quel autre a mieux pressé les secours nécessaires?

Qui l'a mieux dégagé de ses destins contraires?

Â-t-il eu près de vous un plus soigneux agent

Pour hâter les renforts et d'hommes et d'argent ?

Vous le savez. Seigneur; et pour reconnaissance,

Après l'avoir servi de toute ma puissance.

Je vois qu'il a voulu me perdre auprès de vous.

Hais tout est excusable en un amant jaloux ;

Je vous l'ai déjà dit.

PRUSIAS

Ingrat! que peux-tu dire?

NICOMÈDE

Que la reine a pour moi des bontés que j'admire. Je ne vous dirai point que ces puissants secours Dont elle a conservé mon honneur et mes jours. Et qu'avec tant de pompe à vos yeux elle étale. Travaillaient par ma main à la grandeur d'Attale; Que par mon propre bras elle amassait pour lui , Et préparait dès lore ce qu'on voit aujourd'hui. Par quelques sentiments qu'elle ait été poussée, J'en laisse le ciel juge; il connaît sa pensée; n sait pour mon salut comme elle a fait des vœux; Il lui rendra justice, et peut-être à tous deux. Cependant, puisque enfin l'apparence est si belle, Elle a parlé pour moi, je dois parler pour elle, Et, pour son intérêt, vous faire souvenir

668 NICOMËDE.

Que TOUS laissez longtemps deux méchants à punirr

Envoyez Métrobate et Zenon au supplice.

Sa gloire attend de vous ce digne sacrifice :

Tous deux Font accusée; et, s'ils s'en sont dédits

Pour la faire innocente et charger votre fils,

Ils n*ont rien fait pour eux, et leur mort est trop juste

Après s'être joués d'une personne aususte.

L'ofiense une fois faite à ceux de notre rang,

Ne se répare point que par des flots de sang.

On n'en fut jamais quitte ainsi pour s'en dédire.

11 faut sous les tourments que l'imposture expire;

Ou vous exposeriez tout votre sang royal

A la légèreté d'un esprit déloyal.

L'exemple est dangereux , et hasarde nos vies

S'il met en sûreté de telles calomnies.

ARSINOÉ

Quoi ! Seigneur, les punir de la sincérité

Qui soudain dans leur bouche a mis la vérité,

Qui vous a contre moi sa fourbe découverte,

Qui vous rend votre femme et m'arrache à ma perte ,

Qui vous a retenu d'en prononcer l'arrêt;

Et couvrir tout cela de mon seul intérêt !

C'est être trop adroit, prince, et trop bien l'entendre.

PRUSIAS

Laisse là Métrobate, et songe à te défendre. Purge-toi d'un forfait si honteux et si bas.

NIGOMÈDE.

M'en purger! moi. Seigneur! vous ne le croyez pas : Vous ne savez que trop qu'un homme de ma sorte, Quand il se rend coupable, un peu plus haut se porte; Qu'il lui faut un grand crime à tenter son devoir^ Où sa gloire se sauve à l'ombre du pouvoir. Soulever votre peuple, et jeter votre armée Dedans les intérêts d'une reine opprimée; Venir, le bras levé, la tirer de vos mains Malgré l'amour d'Attalc et l'effort des Romains, Et fondre en vos pays contre leur tyrannie Avec tous vos soldats et toute l'Arménie; C'est ce que pourrait faire un homme tel que moi, S'il pouvait se résoudre à vous manquer de foi. La fourbe n'est le jeu que des petites ftmes,

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