‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 547 sur 594 · SCÈNE I PERPENNA, AUFIDE · texte numérisé non relu

SCÈNE I PERPENNA, AUFIDE

PEHPENNA.

D'où me vient ce désordre, Auflde? et que veut dire Que mon cœur sur mes vdsux garde si peu d* empire? L'horreur que, malgré moi, me fait la trahison, Contre tout mon espoir révdlte ma raison ; Et de cette grandeur sur le crime, fondée, Dont jusqu'à ce moment m'a trop flatté Tidée, L'image tout affreuse , au point d'exécuter. Ne trouve plus en moi de bras à lui prêter. En vain l'ambition, qui presse itiôn courage. D'un faux brillant d'honneur pare son noir ouvrage ; En vain, pour me soumettre à ses lâches efforts, Mon ftme a secoué le joug de cent remords : Cette âme , d'avec soi tout à coup divisée , Reprend de ses remords la chaîne mal brisée; Et de Sertorius le surprenant bonheur Arrête une main t>réte à lui percer le cœiir.

AUFIDE

Quel honteux contre-temps de vartu délicate S'oppose au beau succès de l'espoir qui vous flatte? Et depuis quand. Seigneur, la soif du premier rang Craint-elle de répandre un peu de mauvais sang? Avez-vous oublié cette grande maxime , Que la guerre civile est le règne du crime ; Et qu'aux lieux où le crime a plein droit de régner, L'innocence timide est seule à dédaigner?

700 SERTORIUS

L*honneur et la vertu sont des noms ridicules : Marins ni Carbon n*eurent point de scrupules; Jamais Sylla» jamais...

PERPENNA

Sylla ni Marins N*ont jamais épargné le sang de leurs vaincus; Tour à tour la victoire, autour d'eux en furie, Â poussé leur courroux jusqu'à la barbarie; Tour à tour le carnage et les proscriptions Ont sacrifié Rome à leurs dissensions : Mais leurs sanglants discords, qui nous donnent des maîtres. Ont fait des meurtriers , et n*ont point fait de traîtres; Leurs plus vastes fureurs jamais n'ont consenti Qu'aucun vers&t le sang de son propre parti; Et dans l'un ni dans l'autre aucun n'a pris l'audace D'assassiner son chef pour monter en sa place.

AUFIDE

Vous y renoncez donc, et n'êtes plus jaloux

De suivre les drapeaux d'un chef moindre que vous?

Ah! s'il faut obéir, ne faisons plus la guerre;

Prenons le même joug qu'a pris toute la terire.

Pourquoi tant de périls? pourquoi tant de combats?

Si nous voulons servir, SyUa nous tend les bras.

C'est mal vivre en Romain , que prendre loi d'un homme :

Mais, tyran pour tyran, il vaut mieux vivre à Rome.

PERPENNA

Vois mieux ce que tu dis quand tu parles ainsi,

Du moins lit liberté respire encore ici.

De notre république, à Rome anéantie.

On y voit refleurir la plus noble partie;

Et cet asile, ouvert aux illustres proscrits,

Réunit du sénat le précieux débris.

Par lui Sertorius gouverne ces provinces,

Leur impose tribut, fait des lois à leurs princes.

Maintient de nos Romains le reste indépendant.

Hais comme tout parti demande un commandant,

Ce bonheur imprévu qui partout l'accompagne.

Ce nom qu'il s'est acquis chez les peuples d'Espagne...

AUFIDE

Ah! c'est ce nom acquis avec trop de bonheur Qui rompt votre fortune, et vous ravit l'honneur :

Page 1