‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 550 sur 594 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

C*est avoir beaucoup fait, que d'avoir jusque-là Fait descendre l'orgueil des héros de Sylla.

SERTORIUS

S'il est plus fort que nous, ce n*est plus en Espagne, Où nous forçons les siens de quitter la campagne , Et de se retrancher dans Tempire douteux Que lui souffre à regret une province ou deux. Qu'à Ja fortune lasse il craint que je n'enlève Sitôt que le. printemps aura fini la trêve. C*est l'heureuse union de vos drapeaux aux miens Qui fait ces beaux succès qu'à toute heure j'obtiens; C'est à vous que je dois ce que j'ai de puissance : Attendez tout aussi de ma reconnaissance. Je reviens à Pompée, et pense deviner Quels motifs jusqu'ici peuvent nous l'amener. Comme il trouve avec nous peu de gloire à prétendre , Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre. Il voudrait qu'un accord, avantageux ou non, L'afifranchit d'un emploi qui ternit ce grand nom ; Et chatouillé d'ailleurs par l'espoir qui le flatte, De faire avec plus d'heur la guerre à Mithridatc, Il brûle d'être à Rome, afin d'en recevoir Du maître qu'il s'y donne et l'ordre et le pouvoir.

PERPENNA

J'aurais cru qu'Aristie ici réfugiée , Que, forcé par ce maître, il a répudiée, Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux ; Car de son cher tyran l'injustice fut telle. Qu'il ne lui permit pas de prendre congé d'elle.

SERTORIUS

Cela peut être encore; ils s'aimaient chèrement : Hais il pourrait ici trouver du changement. L'affront pique à tel point le grand cœur d'Aristie, Que, sa première flamme en haine convertie. Elle cherche bien moins un asile chez nous Que la gloire d'y prendre un plus illustre époux. C'est ainsi qu'elle parle , et m'oflre l'assistance De ce que Rome encore a de gens d'importance, Dont les uns ses parents, les autres ses amis, Si je veux l'épouser, ont pour moi tout promis.

704 SERTORIUS

Leurs lettres en font foi, qu*elle me vient de rendre. Voyez avec loisir ce que j'en dois attendre ; Je veux bien m'en remettre à votre sentiment.

PERPENNA

Pourriez-vous bien. Seigneur, balancer un moment, A moins d'une secrète et forte antipathie Qui vous montre un supplice en l'hymen d'Aristie? Voyant ce que pour dot Rome lui veut donner, Vous n'avez aucun lieu de rien examiner.

SERTORIUS

Il fout donc, Perpenna, vous faire confidence

Et de ce que je crains, et de ce que je pense.

J'aime ailleurs. A mon &ge il sied si mal d'aimer.

Que je le cache même à qui m'a su charmer :

Mais , tel que je puis être , on m'aime, ou, pour mieux dire.

La reine Viriate à mon hymen aspire ;

Elle veut que ce choix de son ambition

De son peuple avec nous commence l'union,

Et qu'ensuite à Tenvi mille autres hyménées

De nos deux nations l'une à l'autre enchaînées

Hèlent si bien le sang et l'intérêt conunun,

Qu'ils réduisent bientôt les deux peuples en un.

C'est ce qu'elle prétend pour digne récompense

De nous avoir servis avec cette constance

Qui n'épargne ni biens ni sang de ses sujets

Pour affermir ici nos généreux projets :

Non qu'elle me l'ait dit, ou quelque autre pour elle;

Mais j'en vois chaque jour quelque marque fidèle.

Et comme ce dessein n'est plus pour moi douteux.

Je ne puis l'ignorer, qu'autant que je le veux.

Je crains donc de l'aigrir si j'épouse Aristie,

Et que de ses sujets la meilleure partie,

Pour venger ce mépris, et servir son courroux.

Ne tourne obstinément ses armes contre nous.

Auprès d'un tel malheur, pour nous irréparable.

Ce qu'on promet pour l'autre est peu considérable;

Et, sous un faux espoir de nous mieux établir,

Ce renfort accepté pourrait nous affoiblir.

Voilà ce qui retient mon esprit en balance.

Je n'ai pour Aristie aucune répugnance;

Et la reine à tel point n'asservit pas mon cœur.

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