‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 558 sur 594 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Tai besoin toutefois qu'il s'explique un peu mieux. Tous vos rois à l'envi briguent votre hyménée ; Et comme tos bontés font notre destinée, Par ces mêmes bontés j'ose vous conjurer, En faisant ce grand choix, de nous considérer. Si vous prenez un prince inconstant, infidèle, Ou qui pour le parti n'ait pas assez de zèle, Jugez en quel état nous nous verrons réduits, Si je pourrai longtemps encor ce que je puis, Si mon bras...

VIRIATE

Vous formez des craintes que j'admire!

J'ai mis tous mes États si bien sous votre empire, Que quand il me plaira faire choix d'un époux. Quelque projet qu'il fasse , il dépendra de vous. Mais, pour vous mieux ôter cette frivole crainte, Choisissez-le vous^nème, et parlez-moi sans feinte. Pour qui de tous ces rois ôtes-vous sans soupçon ? A qui d'eux pouvez-vous confier ce grand nom?

SERTORIUS

Je voudrais faire un choix qui pût aussi vous plaire; Hais, à ce froid accueil que je vous vois leur faire, U semble que pour tous sans aucun intérêt...

VIRIATE

C'est peut-être. Seigneur, qu'aucun d'eux ne me plaît, Et que de leur haut rang la pompe la plus vaine S'efface au seul aspect de la grandeur romaine.

SERTORIUS

Si donc je vous offrais pour époux un Romain?

VIRIATE

Pourrais-je refuser un don de votre main ?

SERTORIUS

J'ose, après cet aveu» vous &ire offre d'un homme Digne d'être avoué de l'ancienne Rome.

Il en a la naissance , il en a le grand cœur, li est couvert de gloire, il est plein de valeur; De toute votre Espagne il a gagné l'estime; Libéral, intrépide, affable, magnanime; Enfin c'est Perpenna sur qui vous emportez...

714 SERTORIUS

YIRIATE.

J'allendaîs votre nom après ces qualités;

Los éloges brillants que vous daignez y joindre

Ne me permettaient pas d'espérer rien de moindre :

Mais certes le détour est un peu surprenant.

Vous donnez une reine à votre lieutenant!

Si vos Romains ainsi choisissent des maîtresses,

A vos derniers tribuns il faudra des princesses.

SERTORIUS

Madame...

VIRIATE

Parlons net sur le choix d'un époux.

Étes-vous trop pour moi? suis-je trop peu pour vous? C'est m'offrir; et ce mot peut blesser les oreilles : Mais un pareil amour sied bien à mes pareilles; Et je veux bien. Seigneur, qu'on sache désormais Que j'ai d'assez bons yeux pour voir ce que je fais. Je le dis donc tout haut, aiin que l'on m'entende : Je veux bien un Romain , mais je veux qu'il commande; Et ne trouverais pas vos rois à dédaigner. N'était qu'ils savent mieux obéir que régner. Mais, si de leur puissance ils vous laissent l'arbitre, Leur faiblesse du moins en conserve le titre : Ainsi ce noble orgueil qui vous préfère à tous En préfère le moindre à tout autre qu'à vous. Car enfin, pour remplir l'honneur de ma naissance, Il me faudrait un roi de titre et de puissance; Mais comme il n'en est plus , je pense m'en devoir Ou le pouvoir sans nom , ou le nom sans pouvoir.

SERTORIUS

J'adore ce grand cœur qui rend ce qu'il doit rendre

Aux illustres aïeux dont on vous voit descendre.

A de moindres pensers son otgueil abaissé

Ne soutiendrait pas bien ce qu'ils vous ont laissé.

Mais puisque , pour remplir la dignité royale ,

Votre haute naissance en demande une égale,

Perpenna parmi nous est le seul dont le sang

Ne mêlerait point d'ombre à la splendeur du rang :

Il descend de nos rois, et de ceux d'Étrurie.

Pour moi, qu'un sang moins noble a transmis à la vie,

Je n'ose m'éblouir d'un peu de nom fameux,

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