ACTE II, SCÈNE IL
Jusqu'à déshonorer le trône par mes vœux :
Cessez de m'estimer jusqu'à lui faire injure ;
Je ne veux que le nom de votre créature :
Un si glorieux titre a de quoi me ravir;
U m'a fait triompher en voulant vous servir ;
Et malgré tout le peu que le ciel m'a fait naître...
VIRIATE
Si TOUS prenez ce titre , agissez moins en maître ; Ou m'apprenez du moins. Seigneur, par quelle loi Vous n'osez m'accepter, et disposez de moi. Accordez le respect que mon trône vous donne , Avec cet attentat sur ma propre personne. Voir toute mon estime, et n'en pas mieux user. C'en est un qu'aucun art ne saurait déguiser. Ne m'honorez donc plus jusqu'à me faire injure. Puisque vous le voulez, soyez ma créature; Et , me laissant en reine ordonner de vos vœux , Portez-les jusqu'à moi, parce que je le veux. Pour votre Perpenna , que sa haute naissance N'affranchit point encor de votre obéissance. Fût-il du sang des dieux aussi bien que des rois. Ne lui promettez plus la gloire de mon choix. Rome n'attache point le grade à la noblesse. Votre grand Marins naquit dans la bassesse ; Et c'est pourtant le seul que le peuple romain Ait jusques à sept fois choisi pour souverain. Ainsi, pour estimer chacun à sa manière, Au sang d'un Espagnol je ferais grâce entière; Mais parmi vos Romains je prends peu garde au sang, Quand j'y vois la vertu prendre le plus haut rang. Vous, si vous haïssez comme eux le nom de reine, Regardez-moi, Seigneur, comme dame romaine : Le droit de bourgeoisie à nos peuples donné Ne perd rien de son prix sur un front couronné. Sous ce titre adoptif , étant ce que vous êtes, Je pense bien valoir une de mes sujettes ; Et, si quelque Romaine a causé vos refus, Je suis tout ce qu'elle est, et reine encor de plus. Peut-être la pitié d'une illustre misère...
Je vous entends, Madame, et, pour ne vous rien taire,
716 SERTORIUS
J*avoûrai qu'Aristie...
TIRIATE.
Elle nous a tout dit; Je sais ce qu'elle espère, et ce qu'on tous écrit. Sans y perdre de temps, ouvrez votre pensée.
SERTORIUS
Au seul bien de la cause elle est intéressée. Hais puisque, pour ôter l'Espagne à nos tyrans. Nous prenons, vous et moi, des chemins différents , De grâce , examinez le commun avantage , Et jugez ce que doit un généreux courage. Je trahirais, Madame, et vous et vos États, De voir un tel secours, et ne l'accepter pas : Mais ce même secours deviendrait notre perte, S'il nous ôtait la main que vous m'avez offerte. Et qu'un destin jaloux de nos communs desseins Jetât ce grand dépôt en de mauvaises mains. Je tiens Sylla perdu, si vous laissez unie A ce puissant renfort votre Lusitanie.
Mais vous pouvez enfin dépendre d'un époux. Et le seul Perpenna peut m'assurer de vous. Voyez ce qu'il a fait; je lui dois tant. Madame, Qu'une juste prière en faveur de sa flamme...
VIRIATE
Si vous lui devez tant, ne me devez-vous rien?
Et lui faut-il payer vos dettes de mon bien?
Après que ma couronne a garanti vos tètes.
Ne mérité-je point de part en vos conquêtes?
Ne vous ai-je servi que pour servir toujours.
Et m'assurer des fers par mon propre secours?
Ne vous y trompez pas : si Perpenna m'épouse.
Du pouvoir souverain je deviendrai jalouse,
Et le rendrai moi-même assez entreprenant
Pour ne vous pas laisser un roi pour lieutenant
Je vous avoûrai plus : à qui que je me donne.
Je voudrai hautement soutenir ma couronne;
Et c'est ce qui me force à vous considérer.
De peur de perdre tout, s'il nous faut séparer.
Je ne vois que vous seul qui, des mers aux montagnes,
Sous un même étendard puisse unir nos Espagnes :
Mais ce que je propose en est le seul moyen;