‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 560 sur 594 · ACTE II, SCÏNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÏNE II

Et, quoi qu'ait fait pour vous ce cher concitoyen, . S'il yous a secouru contre la tyrannie, n en est bien payé d'avoir sauvé sa vie. Les malheurs du parti l'accablaient à tel point. Qu'il se voyait perdu, s'il ne vous eût pas joint; El même, si j'en veux croire la renommée. Ses troupes, malgré lui, grossirent votre armée. Rome offre un grand secours , du moins on vous l'écrit; Mais, s'armât-eUe toute en faveur d'un proscrit, Quand nous sommes aux bords d'une pleine victoire , Quel besoin avons-nous d'en partager la gloire? Encore une campagne, et nos seuls escadrons Aux aigles de Sylla font repasser les monts. Et ces derniers venus auront droit de nous dire Qu'ils auront en ces lieux établi notre empire ! Soyons d'un tel honneur l'un et l'autre jaloux ; Et, quand nous pouvons tout, ne devons rien qu'à nous.

SERTORIUS

L'espoir le mieux fondé n'a jamais trop de forces. . Le plus heureux destin surprend par les divorces; De trop de confiance il aime à se venger; Et, dans un grand dessein, rien n'est à négliger. Devons-nous exposer à tant d'incertitude L'esclavage de Rome et notre servitude.

De peur de partager avec d'autres Romains Un honneur où le ciel veut peut-être leurs mains? Notre gloire, il est vrai, deviendra sans seconde. Si nous faisons sans eux la liberté du monde ; Hais si quelque malheur suit tant d'heureux combats, Quels reproches cruels ne nous ferons-nous pas ! D'ailleurs , considérez que Perpenna vous aime , Qu'il est ou qu'il se croit digne du diadème, Qu'il peut ici beaucoup ; qu'il s'est vu de tout temps Qu'en gouvernant le mieux on fait des mécontents ; Que, piqué du mépris, il osera peut-être...

VIRIATE

Tranchez le mot, Seigneur : je vous ai fait mon maitrc, Et je dois obéir malgré mon sentiment; C'est à quoi se réduit tout ce raisonnement Faites, faites entrer ce héros d'importance, Que je fasse un essai de mon obéissance ;

718 SERTORIUS

Et si vous le craignez , craignez autant du moins Un long et vain regret d'avoir prêté vos soins.

Madame, croiriez-vous...

VIRIATE

Ce mot vous doit suffire.

J'entends ce qu'on me dit, et ce qu'on me veut dire. Allez, faites-lui place; et ne présumez pas...

SERTORIUS

Je parle pour un autre; et toutefois, hélas! Si vous saviez...

VIRIATE

Seigneur, que faut-il que je sache?

Et quel est le secret que ce soupir me cache?

SERTORIUS

Ce soupir redoublé...

VIRIATE

N'achevez point : allez; Je vous obéirai plus que vous ne voulez.

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