‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 567 sur 594 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Que de la liberté vous feriez voire gloire , Que votre âme en secret lui donne tous ses vœux.; Hais, si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux , Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître , Sous ce flatteur espoir qu*un jour vous pourrez Tôtre. La main qui les opprime, et que vous soutenez, Les accoutume au joug que vous leur destinez; Et, doutant s*Us voudront se faire à l'esclavage, Aux périls de Sylla vous tâtez leur courage.

Le temps détrompera ceux qui parlent ainsi; Mais justiflra-t-il ce que Ton voit ici ? Permettez qu'à mon tour je parle avec franchise; Votre exemple à la fois m'instruit et m'autorise : Je juge comme vous sur la foi de mes yeux, Et laisse le dedans à pénétrer aux dieux. Ne vit-on pas ici sous les ordres d'un homme? N'y commandez-vous pas comme Syllst dans Rome? Du nom de dictateur, du nom de général. Qu'importe, si des deux le pouvoir est égal? I^s titres différents ne font rien à la chose : Vous imposez des lois ainsi qu'il en impose ; Et, s'il est périlleux de s'en faire haïr. Il ne serait pas sûr de vous désobéir. Pour moi, si quelque jour je suis ce que vous êtes, J'en userai peut-être alors comme vous faites : Jusque-là...

SERTORtUS.

Vous pournez en douter jusque-là, Et me faire un peu moins ressembler à Sylla. Si je commande ici , le sénat me l'ordonne. Mes ordres n'ont encore assassiné personne. Je n'ai pour ennemis que ceux du bien commun ; Je leur fais bonne guerre, et n'en proscris pas im. C'est un asile ouvert que mon pouvoir suprême ; Et si l'on m'obéit, ce n'est qu'autant qu'on m'aime.

POMPÉE

Et votre empire en est d'autant plus dangereux, Qu'il rend de vos vertus les peuples amoureux; Qu'en assujettissant vous avez l'art de plaire ; Qu'on croit n'être en vos fers qu'esclave volontaire ;

726 SERTORIUS

El que la liberté trouvera peu de jour

A détruire un pouvoir que fait régner l'amour.

Ainsi parlent, Seigneur, les âmes soupçonneuses. '

Mais n'examinons point ces questions fâcheuses,

Ni si c'est un sénat qu'un amas de bannis

Que cet asile ouvert sous vous a réunis.

Une seconde fois, n'est-il aucune voie

Par où je puisse à Rome emporter quelque joie?

Elle serait extrême à trouver les moyens

De rendre un si grand homme à ses concitoyens.

n est doux de revoir les murs de la patrie :

C'est elle par ma voix. Seigneur, qui vous en prie;

C'est Rome...

SGRTORIOS.

Le séjour de votre potentat, Qui n'a que ses fureurs pour maximes d'État ! Je n'appelle plus Rome un enclos de murailles Que ses proscriptions comblent de funérailles; Ces murs, dont le destin fut autrefois si beau. N'en sont que la prison, ou plutôt le tombeau : Mais , pour revivre ailleurs dans sa première force , Avec les faux Romains elle a fait plein divorce ; Et, comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis , Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis. Parlons pourtant d'accord. Je ne sais qu'une voie Qui puisse avec honneur me donner cette joie. Unissons-nous ensemble , et le tyran est bas : Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras. Ainsi nous ferons voir l'amour de la patrie. Pour qui vont les grands cœurs jusqu'à l'idolâtrie ; Et nous épargnerons ces flots de sang romain Que versent tous les ans votre bras et ma main.

Ce projet, qui pour vous est tout brillant de gloire, N'aurait-il rien pour moi d'une action trop noire? Moi qui commande ailleurs, puis-je servir sous vous?

SERTORIUS

Du droit de commander je ne suis point jaloux : Je ne l'ai qu'en dépôt; et je vous l'abandonne. Non jusqu'à vous servir de ma seule personne ; Je prétends un peu plus : mais dans cette union

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