‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 568 sur 594 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

De votre lieutenant m'envlriez-vous le nom ?

POMPÉE

De pareils lieutenants n'ont des chefs qu'en idée ;

Leur nom retient pour eux Fautorité cédée ;

Ils n'en quittent que l'ombre ; et l'on ne sait que c'est •

De suivre, ou d'obéir, que suivant qu'il leur plaît.

Je sais une autre voie, et plus noble et plus sûre.

Sylla, si vous voulez , quitte sa dictature;

Et déjà de lui-même il s'en serait démis ,

S'il voyait qu'en ces lieux il n'eût plus, d'ennemis.

Mettez les armes bas , je réponds de l'issue;

J'en donne ma parole après l'avoir reçue.

Si vous êtes Romain, prenez l'occasion.

Je ne m'éblouis point de cette illusion.

Je connais le tyran^ j'en vois le stratagème ;

Quoi qu'il semble promettre, il est toujours lui-même.

Vous qu'à sa défiance il a sacrifié

Jusques à vous forcer d'être son allié...

POMPÉE

Hélas ! ce mot me tue; et, je le dis sans feinte, C'est l'unique sujet qu'il m'a donné de plainte* J'aimais mon Aristie ; il m'en vient d'arracher. Mon cœur frémit encore à me le reprocher : Vers tant de biens perdus sans cesse il me rappelle : El je vous rends, Seigneur, mille grâces pour elle, A vous, à ce grand cœur dont la compassion Daigne ici l'honorer de sa protection.

SERTORIUS

Protéger hautement les vertas malheureuses. C'est le moindre devoir des âmes généreuses : Aussi fais-jc encor plus, je lui donne un époux.

POMPÉE

Un époux! dieux! qu'entend&-je! Et qui. Seigneur?

SERTORIUS

Moi*

POMPÉE

Vous?

Seigneur, toute son âme est à moi dès Tenfance. N'imitez point Sylla par cette violence : Mes maux sont assez grands, sans y joindre celui

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De voir tout ce que j*aime entre les bras d'autnii.

SERTORIUS

(A Aristie, qoi entre*)

Tout est encore à vous. Venez, venez, Madame, Faire voir quel pouvoir j'usurpe sur votre âme. Et montrer, s'il se peut, h tout le genre humain La force qu'on vous fait pour me donner la main.

POMPÉE

C'est elle-même, ô ciel !

SERTORIUS

Je VOUS laisse avec elle , Et sais que tout son cœur vous est encor fidèle. Reprenez votre bien; ou ne vous plaignez plus, Si j'ose m'enrichir, Seigneur, de vos refus.

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