‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 579 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Et, quand nous n*en craindrons aucuns ordres sinistres.

Nous périrons par ceux de ses lâches ministres.

Croyez-moi , pour des gens comme vous deux et moi ,

Rien n*est si dangereux que trop de bonne foi-

Sylla par politique a pris cette mesure

De montrer aux soldats l'impunité fort sûre;

Hais pour Cinna, Carbon, le jeune Marins,

Il a voulu leur tète , et les a tous perdus.

Pour moi , que tout mon camp sur ce bruit m'abandonne ,

Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne.

Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat,

Qu'aller, tant qu'il vivra, briguer le consulat

Vous...

PERPENNl.

Ce n'est pas , Seigneur, ce qui me met en peine. Exclus du consulat par l'hymen d'une reine. Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur. Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie, J'y crois en sûreté les restes de ma vie.

SERTORIUS

Oui; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si fière... Mais peut-être le temps la rendra moins altière. Adieu : dispensez-moi de parler là-dessus.

PERPENNA

Parlez, Seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus? Est-ce en vain que je l'aime, en vain que je soupire?

SERTORIUS

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle m'a dit beaucoup : mais, Seigneur, achevez, Et ne me cachez point ce que vous en savez. Ne m'auriez-vous rempli que d'un espoir frivole?

SERTORIUS

Non, je vous l'ai cédée, et vous tiendrai parole. Je l'aime, et vous la donne encor malgré mon feu : Mais je crains que ce don n'ait jamais son aveu, Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin ? L'Espagne a d'autres reines ;

Et VOUS pourriez vous faire un destin bien plus doux, Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des Uergètes, Rendraient vos volontés bien plus tôt satisfaites : La reine avec chaleur saurait vous y servir.

PERPENNA

Vous me Tavez promise, et me l'allez ravir!

SERTORIUS

Que sert que je promette , et que je vous la donne , Quand son ambition l'attache à ma personne? Vous savez les raisons de cet attachement : Je vous en ai tantôt parlé confidemment; Je vous en fais encor la même confidence. Faites à votre amour un peu de violence; J*ai triomphé du mien ; j*y suis encor tout prêt : Mais, s'il faut du parti ménager l'intérêt, Faut-il pousser à bout une reine obstinée, Qui veut faire à son choix toute sa destinée , Et de qui le secours, depuis plus de dix ans, Nous a mieux soutenus que tous nos partisans?

PERPENNA

La trouvez-vous, Seigneur, en état de vous nuire?

SERTORIUS

Non; elle ne peut pas tout à fait nous détruire;

Mais , si vous m'enchainez à ce que j'ai promis ,

Dès demain elle traite avec nos ennemis.

Leur camp n'est que trop pi oche ; ici chacun murmure :

Jugez ce qu'il faut craindre en cette conjoncture ;

Voyez quel prompt remède on y peut apporter.

Et quel fruit nous aurons de la violenter.

PERPENNA

C'est à moi de me vaincre , et la raison l'ordonne '. Mais d'un si grand dessein tout mon cœur qui frissonne..

SERTORIUS

Ne vous contraignez point ; dût m'en coûter le jour. Je tiendrai ma promesse en dépit de l'amour.

PERPENNA

Si vos promesses n'ont l'aveu de Viriate...

SERTORIUS

Je ne puis de sa part rien dire qui vous flatte.

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