‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 578 sur 594 · SERTORIUS, PERPENNA, AUFIDE · texte numérisé non relu

SERTORIUS, PERPENNA, AUFIDE

PERPENNA, à Aaflde.

Dieux! qui peut faire ainsi disparaître la reine?

AUFIDE, à Ferpenna.

Lui-même a quelque chose en Fâme qui le gêne» Seigneur; et notre abord le rend tout interdit.

SERTORIUS

De Pompée en ces lieux savez-vous ce qu'on dit? L'avez-vous mis fort loin au delà de la porte?

PERPENNA

Comme assez près des murs il avait son escorte, Je me suis dispensé de le mettre plus loin. Mais de votre secoiu^s, Seigneur, j'ai grand besoin. Tout son visage montre une fierté si haute...

SERTORIUS

Nous n'avons rien conclu, mais ce n'est pas ma faute ; Et vous savez...

PERPENNA

Je sais qu'en de pareils débats...

SERTORIUS

Je n'ai point cru devoir mettre les armes bas; Il n'est pas encor temps.

PERPENNA

Continuez, de grâce; Il n'est pas encor temps que l'amitié se lasse.

SERTORIUS

Votre intérêt m'arrête autant comme le mien : Si je m'en trouvais mal, tous ne seriez pas bien.

PERPENNA

De yrai, sans votre appui je serais fort à plaindre;

742 SERTORIUS

Mais je ne vois pour vous aucun sujet de craindre.

SERTORIUS

Je serais le premier dont on serait jaloux ;

Mais ensuite le sort pourrait tomber sur yous.

Le tyran, après moi , vous craint plus qu'aucun autre,

Et ma tôle abattue ébranlerait la vôtre.

Nous ferons bien tous deux d'attendre plus d'un an.

PERPENNA

Que parlez-vous, Seigneur, de tête et de tyran?

SERTORIUS

Je parle de SyUa, vous le devez connaître.

PERPENNA

Et je parlais des feux que la reine a fait naître.

SERTORIUS

Nos esprits étaient donc également distraits : Tout le mien s'attachait aux périls de la paix; Et je vous demandais quel bruit fait par la ville De Pompée et de moi l'entretien inutile. Vous le saurez, Âufide?

AUFIDE

A ne rien déguiser.

Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user: J'en crains parmi le peuple un insolent murmure : Ils ont dit que Sylla quitte sa dictature ; Que vous seul refusez les douceurs de la paix, Et voulez une guerre à ne finir jamais. Déjà de nos soldats l'âme préoccupée Montre un peu trop de joie à parler de Pompée; Et si l'erreur s'épand jusqu'en nos garnisons, Elle y pourra semer de dangereux poisons.

SERTORIUS

Nous en romprons le coup avant qu'elle grossisse. Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.

PERPENNA

Ne ferions-nous pas mieux d'accepter le parti, Seigneur? Trouvez-vous l'offre, ou honteuse, ou mal sûre?

SERTORIUS

Sylla peut en effet quitter sa dictature;

Mais U peut feire aussi des consuls à son choix.

De qui la pourpre esclave agira sous ses lois ;

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