FERNAND
Chimëne, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort. Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.
D. SANCHE
Sire, un peu trop d'ardeur malgré moi l'a déçue :
Je venais du combat lui raconter l'issue.
Ce généreux guerrier, dont son cœur est charmé ,
€ Ne crains rien (m'a-l-il dit, quand il m'a desarmé) ;
c Je laisserais plutôt la victoire incertaine,
c Que de répandre un sang hasardé pour Chimène :
c Mais puisque mon devoir m'appelle auprès du roi,
€ Va de notre combat l'entretenir pour moi ,
c De la part du vainqueur lui porter ton épée. »
Sire, j'y suis venu : cet objet l'a trompée;
Elle m'a cru vainqueur, me voyant de retour.
Et soudain sa colère a trahi son amour
Avec tant de transport et tant d'impatience ,
Que je n'ai pu gagner un moment d'audience.
Pour moi, bien que vaincu, je me répute heureux;
Et, malgré l'intérêt de mon cœur amoureux,
Perdant infiniment , j'aime encor ma défaite ,
Qui fait le beau succès d'une amour si parfaite.
D. FERNAND
Ma fille , il ne faut point rougir d'un si beau feu ,
Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu;
Une louable honte en vain t'en sollicite ;
Ta gloire est dégagée, et ton devoir est quitte;
Ton père est satisfait , et c'était le venger
Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.
Tu vois comme le ciel autrement en dispose.
Ayant tant fait pour lui , fais pour toi quelque chose ,
Et ne sois point rebelle à mon commandement ,
Qui te donne un époux aimé si chèrement.