CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE
l'infante.
Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse Ce généreux yainqueur des mains de ta princesse.
D. RODRIGUE
Ne TOUS offensez point, Sire, si devant vous Un respect amoureux me jette à ses genoux. Je ne viens point ici demander ma conquête; Je viens tout de nouveau vous apporter ma tète , Madame ; mon amour n*emploîra point pour moi Ni la loi du combat, ni le vouloir du roi. Si tout ce qui s*est fait est trop peu pour un père. Dites par quels moyens il vous faut satisfaire. Faut-il combattre encor mille et mille rivaux , Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux. Forcer moi seul un camp , mettre en fuite une armée , Des héros fabuleux passer la renommée?
Si mon crime par-là se peut enfin laver, J*ose tout entreprendre , et puis tout achever : Mais si ce fier honneur, toujours inexorable, Ne se peut apaiser sans la mort du coupable, N'armez plus contre moi le pouvoir des humains; Ma tète est à vos pieds, vengez-vous par voç mains ; Vos mains seules ont droit de vaincre un invincible ; Prenez une vengeance à tout autre impossible; Mais du moins que ma mort suffise à me punir. Ne me bannissez point de votre souvenir; Et, puisque mon trépas conserve votre gloire. Pour vous en revancher conservez ma mémoire , Et dites quelquefois, en déplorant mon sort : c S'il ne m'avait aimée, il ne serait pas mort. »
CHIMÈNE
Relève-toi, Rodrigue. Il faut l'avouer. Sire, Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr; Et quand un roi commande on lui doit obéir.