‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 96 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Mais on a bientôt vu qu*il ne fuyait qu*en homme Qui savait ménager l'avantage de Rome.

LE VIEIL HORACE

Quoi ! Rome donc triomphe * !

VALÈRE

Apprenez, apprenez La valeur de ce fils gu*à tort vous condamnez. Resté seul contre trois, mais en cette aventure Tous trois étant blessés, et lui seul sans blessure, Trop faible pour eux (pus, trop fort pour chacun d'eux» n sait bien se tirer d*un pas si hasardeux ; Il fuit pour mieux combattre, et cette prompte ruse Divise adroitement trois frères qu*eUe abuse. Chacun le suit d'un pas ou plus ou moins pressé , Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé ; Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ; Hais leurs coups inégaux séparent leur poursuite. Horace , les voyant l'un de l'autre écartés. Se retourne, et déjà les croit demi-domptés : n attend le premier, et c'était votre gendre. L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'attendre, Eu vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur. Le sang qu*il a perdu ralentit sa vigueur. Âlbe à son tour commence à craindre un sort contraire; Elle crie au second qu'il secoure son frère : n se hâte et s'épuise en efforts superflus; n trouve en les joignant que son frère n'est plus.

CAMILLE

Hélas!

VALÉRE

Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place. Et redouble bientôt la victoire d'Horace : Son courage sans force est un débile appui ; Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie ; Âlbe en jette d'angoisse, et les Romains de joie. Comme notre héros se voit près d'achever, ;

Cest peu pour lui de vaincre, il veut encor braver : < J'en viens d'immoler deux aux mânes de mes frères,

* Que ce niot est palfaétiiiDelcoinmeU sort des entrailles d*unn^

c Rome aura le dernier de mes trois adversaires, c C*est à ses intérêts que je vais l'immoler, > Ditril ; et tout d'un temps on le voit y voler. La victoire entre deux n'était pas incertaine; L*A]bain percé de coups ne se traînait qu'à peine» Et, comme une victime aux marches de l'autel, n semblait présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le reçoit-il, peu s'en faut, sans défense. Et son trépas de Rome établit la puissance.

LE VIEIL HORAC^.

0 mon fils ! d ma joie ! 6 l'honneur de nos jours ! 0 d'un État penchant l'inespéré secours ! Vertu digne de Rome , et sang digne d'Horace ! ^ Appui de ton pays, et gloire de ta race! Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments ! Quand pourra mon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d'allégresse I

VALÉRE

Vos caresses bientôt pourront se déployer; Le roi dans un moment vous le va renvoyer. Et remet à demain la pompe qu'il prépare D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare; Aujourd'hui seulement on s'acquitte vers eux Par des chants de victoire et par de simples vœux. C'est où le rOi le mène, et tandis il m'envoie Faire offièe vers vous de douleur et de joie ; Mais cet ofQce encor n'est pas assez pour lui ; Il y viendra lui-même, et peut-être aujourd'hui : n croit mal reconnaître une vertu si pure , Si de sa propre bouche il ne vous en assure, S'il ne vous dit chez vous combien vous doit l'État*

LE VIEIL HORACE

De tels remerchnents ont pour moi trop d'éclat ,

Et je me tiens déjà trop payé par les vôtres

Du service d'un fils , et du sang des deux autres.

VALÉRE

n ne sait ce que c'est d'honorer à demi;

Et son sceptre arraché des mains de l'ennemi

Fait qu'il tient cet honneur qu'il lui plaît de vous faire

Au-dessous du mérite et du fils et du père.

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