‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 137 sur 227 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

J'errois à la volée , et sans respect des lois ; Ma chair, dure à douter, me comroandoit à force , Quand tes S2^es propos despouillerent Tescorce De tant d'opinions que frivoles j'avois.

En t'oyant discourir d'une si saincte vois ,

?ui donne aux voluptez une mortelle entorce, a parole me fit , par une douce amorce, Contempler le vray bien, duquel je m'esgarois. Tes mœurs et ta vertu , ta prudence et ta vie , Tesmoignent que l'esprit tient de la deité , Tes raisons de Platon, et ta philosophie.

Que le vieil Promethéc est une vérité , Et qu'en ayant la flamme à Jupiter ravie (tf), Il maria la Terre à la Divinité.

Bien- heureux fut le jour où mon ame sujette Rendit obéissance à ta douce rigueur, Quand d'un traict de ton œil tu me perças le- cœur, Qui ne veut endurer qu'un autre luy en jette.

La raison pour néant au chef fit sa retraitte , Et se mit au don^eon , comme au lieu le plus seur. D'espérance assaillie et prise de douceur,

a. Var. :

Et qu'aptïs qut du ciel laflame il eut ravie. .

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POUR HELENE. }il

Rendit ma liberté , qu'en yain je resouhaite.

Le ciel le veut ainsi , qui . pour mieux offenser Mon cœur, le baille en garcie à la foy du penser, Lequel trahit mon camp , desloyal sentinelle ^

Ouvrant Thuis du rempart aux soudars des Amours (« ). J'auray sans cesse en l'ame une guerre éternelle: Mes pensers et mon cœur me trahissent touisjours.

e sens de veine en veine une chaleur nouvelle,

Qui me trouble le sang et m'augmente le soing. Adieu ma liberté , j'en appelle à tesmoing Ce mois qui du beau nom d'Aphrodite s'appelle.

Comme les jours d'Avril mon mal se renouvelle ; Amour, qui tient mon astre et ma vie en son poing, M'a tant séduit l'esprit que de près et de loing Tousjours à mon secours en vam je vous appelle.

Je veux rendre la place, en jurant vostre nom Que le premier article, avant que je la rende , C'est qu'un cœur amoureux ne veut de compagnon.

L'Amant non plus qu'un Roy de rival ne demande. Vous aurez en mes vers un immortel renom ; Pour n'avoir rien de vous , la recompense est grande.

MADRIGAL

Si c'est aimer. Madame , et de jour et de nuit Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire^ Oublier toute chose et ne vouloir rien faire

û, Var.;

Traiûi ma liberté, tant elle est indiscrOte.

Mon destin le permet, qui, pour mieux m'offenser, Baille mon cour en garde à la foy du Penser, Qui trompe son seigneur, desloyal sentinelle.

Vendant dinuia mon camp et mon cour aux Amours,

^12 SONNBTS

Qu'adorer et servir la beauté oui me nuit ;

Si c'est aimer de suivre un ooit-heur oui me fuit , De me perdre moy-mesme et d'estre solitaire, Souftir oeaucoup de mal, beaucoupcraindreet metaire. Pleurer, crier mercy, et m'en voir esconduit;

Si c'est aimer de vivre en vousplusqu'en moy-mesroe. Cacher d'un front joyeux une langueur extrême. Sentir au fond de rame un combat inégal , Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traitte; Honteux , parlant à vous , de confesser mon mal ;

Si cela est aimer, furieux je vous aime. Je vous aime et sçay bien oue mon mal est fatal. Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.

m'aime;

mour est sans milieu, c'est une chose extrême , Oui ne veut (je le sçay) de tiers ny de moytié ; Il ne taut point trancher en deux une amitié. Un est nombre parfait, imparfait le deuxième

l'aime de tout mon cœur, je veux aussi qu'on Le désir, au désir d'un nœud ferme lié.

Par le temps ne s'oublie et n'est point oublié , Il est tousjours son tout, contente de soy-mesme.

Mon ombre me fait peur, et, jaloux^ je ne puis Avoir un compagnon, tant amoureux je suis, Et tant je m'essencie en la personne aimée.

L'autre amitié ressemble a quelque vent qui court , Et, vraiment, c'est aimer comme on aime à la court (4), Où le feu contrefait ne rend qu'une fumée.

a fièvre croist tousjours, la vostre diminue; Vous le voyez, Hélène, et si ne vous en chaut.

û, Var- :

L'autre amidi rasemble aux enfans sans rai$on : C'est se feindre anefiame, une fauu prison.

Vous retenez le froid et me laissez le chaud ; La vostre est à plaisir, la mienne est continue.

Vous avez telle peste en mon cœur respandue Que mon sang s'est gasté, et douloir il me faut Que ma foible raison dés le premier assaut.

Pour craindre trop vos yeux, ne s'est point aefendue.

Je n'en blasme qu'Amour, seul autheurde mon mal. Qui , me voyant tout nud (>), comme archer desloyal, De mainte et mainte playe a mon ame entamée ,

Gravant à coups de flèche en mov vostre pourtrait. Et à vous , qui estiez contre nous aeux armée, N'a monstre seulement la poincte de son trait.

e sens une douceur à conter impossible ,

Dont ravy je jouys par le bien au penser,

Qu'homme ne peut escrire ou langue prononcer,

Quand je baise ta main contre amour invincible.

Contemplant tes beaux veux, ma pauvre ame passible En se pasmant se perd ; fors je sens amasser Un sang froid sur mon cœur, qui prde de passer Mes esprits, et je reste une image insensible.

Voilà que peut ta main et ton œil, où les trais D'Amour sont si serrez, si chauds* et si espais. Au regard medusin qui en rocher me mue.

Main, bien que mon malheur procède de les voir. Je voudrais mille mains et autant d'yeux avoir (d), Pour voir et pour toucher leur beauté qui me tue.

ë. Var. :

Jt vottdrois et mille yeux et mille mains avoir,

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