I. Les Tailleries
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Amour te desconvrit les secrets de mon cœur, Et de combien de maux j'avois mon ame pleine,
Je me pasme de joye, et sens de veine en veine Couler ce souvenir, qui me donne vigueur, M'aguise le penser, me chasse la langueur, Pour espérer un jour une fin à ma peine.
Mes sens de toutes parts se trouvèrent contents, Mes yeux en regardant la fleur de ton printemps, L'oreille en t'escoutant, et, sans ceste compare
Qui tousjours nos propos tranchoit par le milieu, D'aise au ciel je volois et me faisois un Dieu ; Mais tousjours le plaisir de douleur s'accompagne.
A l'aller, au parler, au flamber de tes yeux, Je sens bien, je voy bien, que tu es immortelle ; La race des humains en essence n'est telle ; Tu es quelque démon ou quelque ange des cieux.
Dieu, pour favoriser ce monde vicieux , Te fit tomber en terre, et dessus la plus belle Et plus parfaite idée il traça le modelle De ton corps^ dontil fut luy-mesmes envieux.
Quand il nt ton esprit, il se pilla soy-mesme; Il pnnt le plus beau feu du ciel le plus suprême Pour animer ta masse, ainçois ton beau printemps.
Hommes, qui la vovez de tant d'honneur pourveue. Tandis qu'elle est çà oas, soulez-en vostre veue : Tout ce qui est parfait ne dure pas long-temps.
Je ne veux comparer tes beautez à la lune :
La lune est inconstante, et ton vouloir n'est qu'un ; Encor moins au soleil : le soleil est commun, Commune est sa lumière, et tu n'es pas commune.
Tu forces par vertu l'envie et la rancune ; Je ne suis, te louant, un flateur importun ;
)26 Sonnets
Tu sembics i to^Mnesme, et n'as pourtnît aucnn ; Tu es toute ton Dieu, ton astre et ta fortone.
Ceux qui font de leur dame à toy comparaison Sont ou présomptueux, on^perchis de raison ; D'esprit et de sçavoir de bien loin tu les passes.
Ou bien quelque démon de ton corps s est vestu y Ou bien tu es pourtrait de la mesne vertu , 'Ou bien tu ts Pallas^-ou bien Tune des Grâces.
Si ¥os veux cognoîssoient leur divine puissance. Et s'ils se pouvoient voir ainsi que je les voy, * Ils ne s'estonneroient, se cognoissant, de quoy, Divins, ils ont vaincu une mortelle essence.
Mais, par faute d'avoir -d'eux-mesmes cognoissance. Ils ne peuvent ju^er du mal que je reçoy ; Seulement mon visage en tesmoigne pour moy :
Le voyant si desiait, ils voyent leur. puissance.
Yeux, où devToit loger une bonne amitié , Comme vous regardez tout le ciel ^ la terre , Que ne penetrez-vous mon cœur par la moitié,
Ainsi que de ses rais lesoleiLfait le verre?
Si vous le pouviez voir, vous en auriez pitié. Et aux cendres d'un mort vous ne feriez la guerre.