‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 156 sur 227 · Béranger avoit-il lu ce sonnet quand il chantoit · texte numérisé non relu

Béranger avoit-il lu ce sonnet quand il chantoit

Vous vieillirez , à ma belle mahreste !

|. En 1 578, aux Amours diverses.

Lierre , le tapis d'un bel antre sauvage , Sources qui bouillonnez d'un surgeon sablonneux ;

Pigeons , qui vous baisez d'un baiser savoureux, Tourtres qui lamentez d'un éternel veufvage, Rossignols ramagers, qui d'un plaisant langage Nuict et jour rechantez vos versets amoureux.

Vous, à la gorge rouge, estrangere arondelle. Si vous voyez aller ma nymphe en ce printemps Pour cueillir des bouquets par ceste herbe nouvelle ,

Celle de qui l'amour vainquit la fantasie (()> Que Jupiter conceut sous un cygne emprunté; Ceste sœur des Jumeaux , qui fit par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de l'Asie ,

Disoit à son miroûer, quand elle veit saisie Sa face de vieillesse et de hideuseté :

a Que mes premiers maris insensez ont esté De s'armer pour jouir d'une chair si moisic !

Dieux , vous estes cruels, jaloux de nostre temps ! Des dames sans retour s'envole le printemps {a) ; Aux serpens tous les ans vous ostez la vieillesse. »

Ainsi disoit Hélène en remirant son teint.

Cest exemple est pour vous , cueillez vostre jeunesse : Quand on perd son avril, en octobre on s'en plaint.

ë. Var. :

Dieux , vous estes jaloux et pleins de cruautl ! Des dames sans retour s'en-vole la beauté,

I. Il entend Hélène des Grecs, qui ravit mesme ceux lesquels par ouy dire avoient concea une imagination et fantasie de sa beauté. (R.)

)42 SONKETS

Ha ! que je suis marry que la mort nous dérobe Celuy qui le premier me fit voir ton attrait {a) ! Je le vy de si loin que la poincte du trait Demeura , sans entrer, dans les plis de ma robe (0-

Mais , ayant de plus près entendu ta parole Et veu ton œil aroant , qui de moy m'a distrait , Au cœur tomba la flèche avecque ton pourtrait, Heureux d*estre rautel(6) de ce dieu qui m'affole.

Esblouy de ta veue^ où T Amour fait son ny, Claire comme un soleil en flames infiny, Je n'osois t*aborder, craignant de ne plus vivre.

Je fu trois mois rétif; mais TArcher, qui me vit , Si bien à coups de traits ma crainte poursuivit Que , batu de son arc , m'a forcé de te suivre (2).

Lettre , je te reçoy, aue ma déesse en terre M 'envoyé pour me taire ou joyeux ou transi y Ou tous les deux ensemble, ô lettre, tout ainsi Que tu m'apportes seule ou la paix ou la guerre. Amour, en te lisant, de mille traits m'enferre ; Touche mon sein , à nn qu'en retournant d'ici , Tu contes à ma dame en quel piteux souci

â. Var. :

Heureux le chevalier que la mort nous desrobe Qui premier me fit voir de ta grâce V attrait,

b. Var. :

Mais plustost le pourtrait

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