‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 166 sur 227 · Les Gémeaux , frères d'Hélène · texte numérisé non relu

Les Gémeaux , frères d'Hélène

POtJR HELENE. 3J5

^ui jamais nulie flamme amoureuse n'assemble (a), îiî ce beau mois de may, malgré tes ans, ressemble ( oerte de jeunesse 1 ) à Thyver froidureux.

Tu n'es digne d'avoir les deux Jumeaux pour frères ; A leur gentille humeur les tiennes sont contraires , Venus t'est desplaisante et son fils odieux.

Au contraire, par eux la terre est toute pleine De Grâces et d'Amours. Change ce nom d'Helene {b) ; Un autre plus cruel te convient beaucoup mieux.

ta simplicité, ny ta bonne nature , (y mesme ta vertu , ne t'ont peu garantir Que la Cour, ta nourrice, escole de mentir, Ivayt dépravé tes mœurs d'une fausse imposture.

Le proverbe dit vray : « Souvent la nourriture Corrompt le naturel. » Tu me l'as fait sentir, Qui, fraudant ton serment, m'avois au départir Promis de m'honorer de ta belle figure.

Menteuse contre Amour, qui vengeur te poursuit, Tu as levé ton camp pour t'enfuir de nuict , Accompagnant ta Royne ( ô vaine couverture ï ) ,

Trompant pour la faveur ta promesse et ta foy. Comment pourroy-je avoir quelque faveur de toi, Quand tu ne peux souffrir que je t'aime en peinture ?

Geste fleur de vertu pour qui cent mille larmes Je verse nuict et jour, sans m'en pouvoir soûler,

a. Var. :

Qui jamais en son cœur le feu d'Amour n'assemble.

b. Var. :

Au contraire, par eux tout est olein d*allegresse, De Grâces et d'Amours ; change de nom, maistresse.

356 Sonnets

Peut Ueii sa destinée il ce Grec (i) esgaler, A ce fils de Thetis, à l',Mtre fleur des armes.

Le ciel iBJdin borna ses jours de peu de termes ; Il eut courte la rie, ailée à s'en aller (a); Maif son nom, nui a fait tant de bouches parl^, Luv sert contre la mort de pillters^et de termes ()}.

Il eut pour sa pouesse un excellent sonneur; Tu as pour tes vertus en mes vers un 4ionneur Qui malgré le tombeau suivra ta renommée.

Les dames de ce temps n'envient ta beauté, Mais ton nom tant de fois par les Muses chanté, Qui languiroit d'oubly si je ne t'eusse aimée.

Maistresse, quand je pense aux traverses d'Amour, Qu'ore chaude, ore froide , en aimant tu me don- Comme sans passion mon cœur tu passionnes , [nés ; Qui n'a contre son mal ny trêve ny séjour,

Je souspire la nuict, je me complains le jour Contre toy, ma Raison, qui mon tort abandonnes, Et , pleine de discours, coiifuse , tu t'estonnes Dés le premier assaut sans défendre ma tour (4). t

Non , si forts ennemis n'assaillent nostre place Quils ne fussent vaincus si tu tournois la face, Encores que mon cœur trahist ce qui est mien.

Une œillade, une main, un petit ris, me tue; De trois foibles soudars ta force est combattue ; Que te dira divine il ne dira pas bien.

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