‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 168 sur 227 · Imité en partie de Theocrite, Idyl. a · texte numérisé non relu

Imité en partie de Theocrite, Idyl. a

J5S Sonnets

Le Second.

Ainsi que dans ceste eau de )'eau mesme je verse ^ Ainsi de veine en veine Amonr, qé m^a blessé, Et qui tout à la fois son carquois ne renverse, Un breuvage amoureux dans le cœur m'a versé.

Le Premier.

Je vouloisde ma peine esteindre la mémoire; Mais Amour, qui avoit en la fontaine beu.

Y laissa son brandon, si bien qu'au Heu de boire De Teau pour Testancher, je n'ay beu que du feu.

Le Second.

Tantost ceste fontaine est froide comme glace. Et tantost elle jette une ardante liqueur; Deux contraires effets je sens quand elle passe, ^ Froide dedans ma bouche, et chaude dans mon cœur.

Le Premier.

Vous qui rafraichissez ces beHes fleurs vermeilles » Petits frères ailcz, Favones et Zéphyrs, Portez vers ma maistresse aux ingrates oreilles, En volant parmy l'air, quelqu'un de mes souspirs.

Le Second.

Vous, enfans de l'Aurore, allez baiser ma dame, Dites-luy que je meurs, contez-luy ma douleur. Et qu'Amour me transforme en un rocher sans ame. Et non , comme Narcisse , en une belle fleur.

Le Premier.

Grenouilles qui jasez quand l'an se renouvelle , Vous, gressets, qui servez aux charmes, comme on dit. Criez en autre part vostre antique quereHe; Ce lieu sacré vous soit à jamais interdit.

Le Second.

Philomele en avril ses plaintes y jargonne, Et ses bords sans chansons ne se puissent trouver;

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L'arondelle Testé, le ramier en automne, Le pinson en tout temps, la gadille en hyver.

Le Premier.

Cesse tes pleurs, Hercule, et laisse ta Mysie; Tes pieds de trop courir sont ja foibles et las : Icy les nymphes ont leur demeure choisie, Icy sont tes amours, icy est ton Hylas.

Le Second.

Que ne suis-je ravy comme Penfant Argive ?

Pour reveneer ma mort, je ne voudrois sinon Que le bord, le gravois, les herbes et la rive Fussent tousjours nommez d'Helene et de mon nom.

Le Premier.

Dryades , qui vivez sous les escorces sainçtes, Venez et tesmoignez combien de fois le jour Ay-je troublé vos bois par le cry de -mes plaintes. N'ayant autre plaisir qu'à soupirer d'amour.

Le Second.

Echo , fille de TAir, hostesse solitaire Des rochers, où souvent tu me vois retirer, Dy quantes fois le jour, lamentant ma misère , T ay-je fait souspirer en m'oyant souspirer ?

Le Premier.

Ny cannes ny roseaux ne bordent ton rivage.

Mais le gay poliot, des bergères amy ; Tousjours au chaud du jour le dieu de ce bocage , Appuyé sur sa fleute, y puisse estre endqrmy.

Le Second.

Fontaine , à tout jamais ta source soit pavée Non de menus gravois, de mousses ny d'herbis Mais bien de mainte perle à bouillons enlevée^ De diamans, saphyrs, turquoises et rubis. ^

)6o Sonnets

Le Premier.

Le pasteur en tes eaux nulle branche ne jette, Le bouc de son ergot ne te puisse fouler; Ains, comme un beau crystal tousiours tranquille et nette. Puisses- tu par les fleurs éternelle couler.

Le Second.

Les nymphes de ces eaux et les hamadryades.

Que Tamoureux satyre entre les bois poursuit, Se tenans main à main, de sauts et de gambades Aux rayons du croissant y dansent toute nuict.

Le Premier.

Si j'estois grand monarque, un superbe édifice Je voudrois te bastir, où je ferois fiimer Tous les ans à ta feste autels et sacrifice, Te nommant pour jamais la Fontaine d'aimer.

Le Second.

Il ne faut plus aller en la forest d'Ardeine (0 Chercher Teau dont Regnault estoit si désireux : Celuy qui boit à jeun trois fois à la fonteine , Soit passant ou voisin, il devient amoureux.

Le Premier.

Lune , qui as ta robe en rayons estoilée , Garde ceste fontaine aux jours les plus ardans; Defen-la pour jamais de chaud et ae gelée; Remply-la de rosée et te mire dedans.

Le Second.

Advienne après mille ans qu'un pastoureau desgoise Mes amours, et <)u'il conte aux nymphes d*icy près Qu'un Vandomois mourut pour une Saintongeoise, ETqu'encores son ame erre entre ces forests.

I . L'Arioste, M ler chant, dit qu'en ceste forest il y a deux foouines ù diverses d'effects que qui boit de l'une devient amoureux, et de l'autre perd son amour.

pour helene. 361

Le Poète.

Garçons, ne chantez plus : jà Vespernous commande De serrer nos troupeaux ; les loups sont jà dehors. Demain à la frescheur, avec une autre bande, Nous reviendrons danser à Tentour de ces bords.

Fontaine , cependant, de ceste tasse pleine Reçoy ce vin sacré que je renverse en toy ; Sois ditte pour jamais la Fontaine d'Helene, Et conserve en tes eaux mes amours et ma toy.

Il ne suffit de boire en Teau que j'ay sacrée A ceste belle Grecque à fin d'estre amoureux ; Il faut aussi dormir dedans un antre ombreux Qui a, joignant sa rive, en un mont son entrée.

Il faut cPun pied dispos danser dessus la prée Et tourner par neuf fois autour d'un saule creux; Il faut passer la planche, il- faut faire des vœux Au père Sainct Germain, qui garde la contrée.

Cela fait, quand un cœur seroit un froid glaçon, Il sentira le feu d'une estrange façon Enflammer sa froideur. Croyez ceste escrîture :

Amour, du rouge sang des geans tout souillé . Essuyant en ceste eau son beau corps despouillé, Y laissa pour jamais ses feux et sa teinture.

Adieu, cruelle, adieu ! je te suis ennuyeux; C'est trop chanté d'Amour sans nulle recompense ; Te serve qui voudra, je m'en vais, et je pense Qu'un autre serviteur ne te servira mieux.

Amour en quinze mois m'a fait ingénieux, Me jettant au cerveau* de ces vers la semence ; La raison maintenant me r'appelle et me tanse, le ne veux si long temps devenir furieux.

)62 Sonnets

Il ne faut plus nourrir cest enfant gui me ron^e,

3ui les crédules prend comme un poisson à Tham, ne plaisante farce', une belle mensonge.

Un plaisir pour cent maux <\m s'en-vole soudain ; Mais il se faut résoudre et tenir pour certain Que l'homme est malheureux qui se repaist d'un songe.

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