CHANSON III. (1S
Plus estroit que la vigne à Pormeau se marie De bras souplement forts , Du lien de tes mains, maistresse, je te prie,
Enlace-moy[ le corps , Et , feignant de dormir, d'une mignarde face,
Sur mon front penche-toy ; Inspire, en me baisant, ton haleine et ta grâce
Et ton cœur dedans moy ; Puis, appuyant ton sein sur le mien, qui se p&me.
Pour mon mal appaiser, Serre plus fort mon col et me redonne Tame
Par Tesprit d'un baiser.
Si tu me fais ce bien , par tes yeux je te jure,
Serment qui m'est si cher.
Que de tes bras aimez jamais nulle avanture
Ne pourra m'arracher; Mais , souffrant doucement le joug de ton empire ,
Tant soit-il rigoureux , Dans les Champs Elysez une mesme navire
Nous passera tous deux.
Là, morts de trop aimer, sous les branches myrtines.
Nous verrons tous les jours Les héros près de nous avec les héroïnes (a)
Ne parler que d'amours.
Tantost nous dancerons par les fleurs des rivages
Sous maints accords divers, Tantost , lassez du bal , irons sous les ombrages
Des lauriers tousiours verds , Où le mollet Zephyre en haletant secoue
â. Var. :
Les anciens héros auprls des héroïnes
)84 Amours
De sonspirs printjnîers Ores les orangers, ores, mignard , se joue
Parmy les citronniers.
Li du plaisant avril la saison immortelle
Sans eschanffe le suit , La terre sans labeur, ae sa grasse mamelle ,
Toute chose y produit.
D'enbas la troupe sainte autrefois amoureuse.
Nous honorant sur tous.
Viendra nous saluer, s'estimant bien-heureuse
De s'accointer de nous; Puis , nous faisant asseoir dessus llierbe fleurie ,
De toutes au milieu , Nulle, et fût-ce Procris, ne sera point marrie
De nous quitter son lieu :
Non celle qu'un taureau sous une peau menteuse
Emporta par la mer ; Non celle qu'Apollon vid, vierge despiteuse,
En laurier se former; Ny celles oui s'en vont toutes tristes ensemble ,
Àrtemise et Didun ; Ny ceste belle Grecque à qui ta beauté semble.
Comme tu fais de nom.
Cest honiieur. ceste loy («), sont noms pleins d'impos- Que vous alléguez tant, sottement inventez [tare De nos pères rêveurs, par lesquels vous osiez Et forcez les presens les meilleurs de Nature.
Vous trompez vostre sexe et luy faites injure; D'un frein imaginé faussement vous doutez Vos plaisirs, vos désirs, vous et vos voiontez, Vous servant de la loy pour vaine couverture.
Cest honneur, ceste loy , sont bons pour un lourdaut Qui ne cognoist soy-mesme et les plaisirs qu'il faut