IX
J'iray tousjours et rêvant et songeant En ceste prée où je vy Pangelette Qui d'espérance et de crainte m'alaitte Et dans ses yeux mes destins va logeant.
Quel or onde en tresses s'allongeant Frappoit ce jour sa gorce nouvelette !
De quelle rose et de quelle fleurette Sa face alloit comme Iris se changeant !
Ce n'estoit point une mortelle femme Oue je vy lors , ny de mortelle dame ElTe n'avoit ny le front ny les yeux.
Donques, mon cœur, ce ne fut chose étrange Si je fu pris : c'étoit vrayment un ange Qui pour nous prendre estoit venu des cieux.
Ayant par mort mon cœur des-alIié De son subjet, et Pestincelle esteinte^ J'allois chantant, et la corde desceinte Qui si long temps m'avoit ars et lié.
Puis je disois : « Hé I quelle autre moitié.
Après la mort de ma moitié si sainte, D un nouveau feu et d'une neuve estrainte Ardra, noûra, ma seconde amitié 1 »
Quand je senty le plus froid de mon am^ Se rembraser d'une nouvelle flame, Prin$e es filets des reths idaliens^
)94 Pièces
Amour reveult. pour eschaufer ma glace,
Su'autre œil me bnisle et qu'autre main m'enlasse 'flame heureuse, 6 plus qu'heureux liens !
Au mesme lict où pensif je repose, PresQue en langueur ma dame trespassa Au mois ae juin, quand la fièvre effaça Son teint d'œiliets et sa lèvre de rose.
Une vapeur avec sa fièvre esclose, Entre les draps son venin délaissa.
Qui par destin, diverse, m'offensa D^une autre fièvre en mes veines enclose.
L'un après l'autre elle avoit froid et chaut : Ne l'un ne l'autre à mon mal ne défaut.
Et, quand l'un croist, l'autre ne diminue.
L'âpre tourment tousjours ne la tentoit.
De deux jours l'un sa névre s'alentoit.
Las ! mais la mienne est tousjours continue.
Veufye maison des beaux yeux de ma dame, Qui près et loin me paissent de douleur.
Je t'acompare à quelque pré sans fleur, A quelque corps orfenn de son ame.
L'honneur au ciel, est-^e pas ceste flame
?ui donne aux dieux et lumière et chaleur ?
on ornement , est^e pas la valeur De son bel œil, qui tout le monde enflame ?
Soient tes buffets chargez de masse d'or Et soient tes murs empeinturès encor De mainte histoire en fils d'or enlassèe ;
Cela , maison , ne me peut réjouir, Sans voir chez toy ceste dame et l'oûir.
Que j'oy tousjours etvoy dans ma pensée.