‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 2 sur 227 · R O N SA RD · texte numérisé non relu

R O N SA RD

viij Avertissement.

que son utilité comme complément à des éditions précédemment publiées.

J'aurois peut-être borné à cela tout mon travail si les études que j'avois faites pour une publication antérieure • ne m'eussent démontré que les éditeurs du XVI le siècle avoient négligé de recueillir non seulement un certain nombre de pièces , mais encore les modifications innombrables, les retranchements souvent très importants que l'auteur avoit fait subir à ses ouvrages dans les éditions parues de son vivant*. De là nécessité de recueillir les variantes , les fragments de pièces et pièces complètes fournis par la comparaison de toutes les publications onginales, dont, grâce auxdépôts publics et à l'obligeance de quelques bibliophiles, j'ai pu consultera plus grande partiel

Une dernière difficulté s'élevoit relativement au choix du texte. Il est évident pour moi que vers la fin de sa vie Ronsard a gâté ses ouvrages. Dans son ampleur, son style a de l'enflure et de l'exagération. Ces admirateurs maladroits, ces imitateurs serviles et toujours portés à copier les défauts du chef d'école ou à lui en faire un mérite, avoient sans doute loué cette affectation de

1. Les œuvres inédites de P. de Ronsard. Paris, Aubry, 1855, I vol. pet. in-8.

2. J'ai compté sept éditions données par Ronsard lui-même sous le titre d'œuvres. Le nombre des pièces qu'il a publiées soit en volumes , soit dans des recueils contemporams, soit en feuilles volantes , ne m'est pas connu.

). Je donnerai à la fin du dernier volume, avec les tables, une liste des éditions que j'ai pu consulter, avec les noms des personnes qui me les ont communiquées. Je me borne ici à leur offrir l'expression de ma reconnoissance.

Avertissement. k

science, qui le portoh à employer des expressions alamoiquées , des mots composés à l'instar des Grecs et des Latins , des tournures vieillies qu'il s'efforçoit de rajeunir, ou des expressions nouvelles qu'il tentoit d'impatroniser dans la langue (qui, par parenthèse, en a conservé plus qu'on ne croit\ Dans ses dernières années, atteint d'une cadfucité précoce du corps et de l'esprit, il remania ses ouvrages. Devenu d'une piété méticuleuse , il en retrancha tout ce qui pouvoh avoir un peu de cette verdeur de langage que le françois cependant toléroit encore ; outrant son système de grécisme et de latinisme, il introduisit partout où il le put , à la place de vers simples et naturels, des vers ridiculement ampoulés, ampullas et sescpùpedalia verba. C'est ce que la comparaison du texte et des variantes prouvera surabondamment^

Je ne donne pas cette remarque comme m'appartenant : des critiques plus compétents i'avoient faite avant moi. M. Sainte-Beuve, dans une note de son Tableau de la poésie françoise au XVIe siècle , dit en deux mots :

((Ronsard avoit beaucoup changé, corrigé, quelquefois gâté, dans les éditions dernières faites sous ses yeux. »

Claude Binet et Guillaume Colletet , dans leurs vies du poète, avoient antérieurement émis le même avis. Voici ce que dit Binet :

I. Les variantet, imprimées en canctères italiques, sont placées immédiatement au-desacnis du tette, et les renvois en 5ont indiqués par des lettres.

Des chiffres renvoient aux notes, qoi sont imprimées en caraaéres plus petits etoccupetit le bas des pages.

X Avertissement.

« Aucuns ont trouvé la correction qu'il a faite en ses œuvres en quelques endroits moins agréable que ce qu'il avoit premièrement conceu, comme il peut advenir principalement en la poésie , que la première fureur est naïve y et que la lime trop de fois mise, en lieu d'esclaircir et polir, ne fait qu'user et corrompre la trempe. »

Colletet est encore plus explicite :

« Je serois, dit-il, presque du sentiment de ceux qui ont cru que, venant sur l'aage, il devint assez mauvais juge et trop grand aristarque de ses livres'. Car, deux ou trois ans avant son décès, vieux et affligé des gouttes qu'il estoit, et mesme agité d'un chagrin et d'une mélancolie perpétuelle , ceste fureur poétique qui luy avoit tousjours faia si bonne compagnie l'ayant près- <^ue abandonné , il fit réimpnmer toutes ses poésies en un grand et gros volume , dont il reforma l'économie générale; retrancha de son livre plusieurs belles et gaillardes inventions qu'il condamna, y changea des tirades entières , et , en la place de plusieurs vers nobles et hardis , en substitua qui n'avoient ny la force ni la pointe des premiers, ne considérant pas qu'encore qu'il fust le père de ses ouvrages , si est-ce qu'il n'appartient pas à une vieillesse chagrine et fascheuse de juger des coups d'une gaillarde jeunesse. Et c'est pour cela que diverses éditions de ses œuvres, que j'ay soigneusement recherchées, m'ont esté d'autant plus agréables qu'il y a tousjours du plaisir à veoir les divers sentiments d'un bel esprit sur un mesme subjea. A propos de quoy il me sou-

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