I. Est. Pasquier est du même avis
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vient d'avoir un jour rencontré dans son cabinet un sçavant conseiller d'Etat et grand amy de nos Muses, qui m'advoua franchement ^ue, depuis quinze jours, il avoit pris un singulier plaisir à conférer les exemplaires des œuvres de notre poète, à cause de ceste agréable diversité. Et de laict, il me fit bien veoir alors que je n'estois pas le seul qui en possédois presque toutes les différentes éditions. »
Eclairé par ces observations , dont une collation attentive des textes m'avoit démontré l'exactitude, devois-je néanmoins , suivant l'usage généralement adopté par les éditeurs de nos poètes , donner la leçon que Ronsard avoit léguée en mourant à ses amis, et publier ainsi une œuvre mutilée, auand je Pavois là vivante et saine sous la main r Dans l'intérêt du poète lui-même, j'ai dû prendre une autre marche.
Ce fut en 1 560 (Paris, Gabriel Buon, 4 vol.
in-i6, privilège daté de Saint-Germain-en-Laye du 26 septembre 1 560) qu'il donna la première édition de ses œuvres , contenant ses Amours en deux livres, ses Odes en cinq livres ^^^ Poesmes en cinq livres, et ses Hymnes en deux livres.
« Sous le titre vamie de Poesmes, dit M. Gandar, dans une excellente étude sur le poète qui nous occupe S Ronsard comprend tous les ouvrages qui ne rentrent encore dans aucune catégone nettement déterminée. Peu à peu ils se classèrent et formèrent des recueils particuliers , tes Eglogues, les Elégies, les Mascarades, les Gaye-
I. Ronsard, considéré comme imitateur d'Homère et de }%dare,par E. Gandar. Metz, Blanc, 1854, tn-8.
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tez, les Epitaphes; et voilà comment les Poesmes, qui avoient cinq livres en 1560 et en 1575, n'en ont plus que deux dans les éditions posthumes.
<( Ce recueil des Œuvres, publié durant le règne éphémère qui sépara du règne de Henri II la régence de Catherine de Médicis et le règne de Charles IX, est particulièrement précieux. Il résume, avec le recueil des Œuvres de Du Bellay, qui ne survécut pas à Henri II, l'histoire de la révolution poétique opérée par les élèves de Daurat. A partir de ce moment la brigade se disperse, et elle cesse de régner sans partage sur l'opinion publique. »
C'est cette édition type de 1 560 que j'ai prise pour point de départ et au texte de laquelle je me suis conformé. Pour les pièces parues depuis 1 5 60, j'ai reproduit autant que je l'ai pu la leçon fournie par les publications originales ' ; j'ai noté, vers par vers, toutes les mutilations que chaque œuvre avoit subies ; j'ai rétabli , en les encadrant de crochets, les passages retranchés, qu'il est ainsi fort aisé de reconnoltre , et dès qu'une variante ofiroit quelque importance, je l'ai citée en note, avec indication de l'édition d'où elle étoit tirée*.
On m'a objecté que de restituer .ainsi le texte modifié ou condamné par Ronsard lui-même , et rejeter au second rang ses corrections définitives, c'étoit violer le testament littéraire du poè-
1. A chaque pièce postérieure à i(6o, j'ai donné la date du recueil où je l'ai trouvée pour la première fois.
2. Celles qui ne portent aucune mention sont extraites des éditions posthumes.
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te , m'établir le juçç de celui dont je ne suis que l'éditeur, et substituer, pour ainsi dire, ma pensée à la sienne.
3'ai répondu qu'il seroit facile à tous les lecteurs, en omettant les vers placés entre crochets^ et en remettant à leur rang les variantes notées au bas de chaque page, de re&dre, s'ils le jugeoient à propos , le texte des éditions posthumes, sauf quelques mots insignifiants, et suivre ainsi le travail du poète. Quant aux amateurs encore plus curieux de Ronsard , et qui possèdent une des éditions posthumes, de celles qu'il est
!e moins difficile ae se procurer, je leur donne le texte des publications originales, dont les bibliophiles se disputent les rares spécimens, et dont il seroit impossible aujourd'hui de réunir à prix d'or une collection complète. Ils pourront, à l'aide de la présente édition et de l'une de celles de 1 587 à 1630, se donner le même plaisir que ce sçavant conseiller d' Estai que G. Colletet trouva un jour collationnant les vers de Ronsard , dont il étudioit mot à mot les variantes.
Quant à avoir violé le testament du poète , c'est le grief qu'il me sera le plus difficile a'écarter. A mon point de vue cependant je crois avoir accepté son héritage, mais seulement sous bénéfice d'inventaire; je crois l'avoir même enrichi, en replaçant dans son écrin les pierres plus ou moins précieuses qu'il en avoit enlevées dans sa vieillesse , lorsque sa vue aifoiblie ne lui permettoit plus guère de distinguer celles qui avoient une valeur réelle de celle$ qui brilloient d'un faux éclat. J'ai, pour m'autoriser dans l'œuvre de restauration que je pense avoir eu raison d'entre-
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Ï>rendre sur cet édifice mutilé par son auteur, 'opinion de Claude Binet son contemporain , celle de CoUetet, le dernier poète oui au XVIIe siècle conservât encore les traditionsau XVIe ; j'ai l'avis plus récent de M. Sainte-Beuve , juge compétent, dont en pareille matière l'autorité ne sauroit être récusée.
J'espère ,donc que le public, à qui j'ai voulu présenter dans toute la neur de son exubérante jeunesse le poète de Henri II, de François II et de Charies IX, et qui en déénitive aura sous les yeux les pièces du procès, prononcera un arrêt favorable à Ronsard et absoudra en même temps . son éditeur.
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