‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 201 sur 227 · XXII · texte numérisé non relu

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Mon amy puisse aimer une femme de ville, Belle, courtoise, honeste et de doux entretien; Mon haineux puisse aimer au viUage une fille Qui soit badine, sote, et oui ne sçache rien.

rout ainsi qu'en amour le plus excellent bien Est d'aimer une femme et sçavante et gentille ,

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Aussi le plus grand mal à ceux qui aiment bkn^ C'est d'aimer une femme indocte et mal-habille.

Une gentille dame entendra de nature Quel plaisir c'est d'aimer: l'autre n'en aura cure, Se peignant un honneur dedans son esprit sot.

Vous l'aurez beau prescher et dire qu'elle est belle; Froide comme un rocher, vous entendra prés d'elle Parler un jour entier et ne respondra mot.

XIII(i)6o).

e croY Que je roourroy si ce n'estoit la Muse Qui deçà , qui de là , fidèle, m'accompaigne , Sans se lasser, par bois, par champs, et par montaigne. Et de ses beaux presens tous mes soucis abuse.

Si je suis ennuyé, je n'ay point autre ruse Pour me desennuyer, que Clios ma compaigne ; Si tost que je l'invo(]ue elle ne me dédaigne Me venir saluer, et jamais ne s'excuse.

Des presens aes neuf Sœurs soit en toute saison Pleine tonte ma chambre et pleine ma maison , Car la rouille jamais à leurs beaux dons ne touche..

Le thvm ne fleurit pas aux abeilles si doux.

Comme (eurs beaux presens me sont doux à la Souche, Desquels les bons esprits ne fiirent jamais saouls.

XXIV(is6o).

Baîf , il semble à voir tes rymes lansoureuses Que ta sois seul amant en France langoureux , Et <)ue tes compagnons ne sont point amoureux. Mais déguisent leurs vers sous plaintes malheureuses.

Tu te trompes, Baîf; les peines doloreuses D'amour autant que toy nous rendent doForeux ^ ' Sans nous feindre un tourment; mais tu es plus heureux. Que nous à raconter tes peines amoureuses.

Quant à moy, si i'estois ta Frandne chantée, Je ne serois jamais ae ton vers enchantée

Qui. se feisnant un dueil, se fait pleurer soy-mesme.

Non, ceiuy n*aime point, ou bien il aime peu, Qui peut donner par signe à cognoistre soateu , Et qui peut raconter le quart de ce quil aime.

XXV(!s6o).

Hé! <)ae me sert, Pasquier, ceste, belle verdure Qui rit parmy les prez, et d'ouîf les oiseaux, b'ouîr en-contre-val le gazouillis des eaux,. Et des vents printanniers le gracieux murmure.

Quand celle qui me blesse et de mon mal n'a cure Est absente de moy. et, pour croistre mes maux, Me cache la clarté ae ses astres jumeaux , De ses yeux, dont mon cœur prenoit sa nourriture ?

J'aimeroy beaucoup mieux qu'il fust hyvertousjours : Car l'hyver n'est si propre à nourrir les amours Comme est le renouveau, qui d'aimer me convie;

Ainçois de me hair, puis que je n'ay pouvoir En ce beau mois d'avril entre mes bras d'avoir Celle qui dans ses yeux tient ma mort et ma vie.

XXVI (i$6o).

Otoy oui n'es de rien en ton cœur amourçuse Que a'honneoret vertu qui te font estimer, ?uoy Fen glace et en feu voirras-tu consommer . bu|Ours mon pauvre cœur sans luy estre piteuse I Bien que vers-moy tu sois ingrate et dédaigneuse, Fiere, dure, rebelle et nonchalant' d'aimer, Encor je ne me puis engarder de nommer La terre où tu nasquis sur toutes bien-heureuse. Je ne te puis hair, quo]r que tu me sois fière, Mais bien je hay celuy qui me mena de nuit Prendre de tes oeayx y^ux l'accointance première.

Celuy, sans y penser, à la mort m'a conduit, Celuy seul me tua. Hé, mon Dieu I n'est-ce pas Tuer que de conduire un homme à son trespas?

Ronsard. — I. 26

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