XXIX
Orna belle Maistresse*! à tous le moins prenez De moy vostre servant ce rossignol en cage :■ Il est mon prisonnier, et je vis en servage
De vous, qui sans mercy en prison me tenez.
Allez donc, Rossignol, en sa chambre, et soniiez Mon dueil à son aureille avec vostre ramage, Et, s'il vous est possible, émouvez son courage A me faire mercy, puis vous en revenez.
Non, non, ne venez point, que feriez-vous chez-moy? Sans aucun reconfort , vous languiriez d'esmoy : Un prisonnier ne peut un autre secourir.
Je n'ay pas, rossignol, sur vostre bien envie; Seulement )e me hay et me plains de ma vie , Qui languit en prison , et si n'y peut mourir.
XXX (is6o).
L'an se rajeunissoit en sa verte jouvence , Quand je m'épris de vous , ma Sinope cruelle ; Seize ans estoit la fleur de votre âge nouvelle, Et vostre teint sentoit encores son enfance.
Vous aviez d'une infante encor la contenance, La parolle et les pas; vostre bouche estoit belle. Vostre front et vos mains dignes d'une immortelle , Et vostre œil^ qui me fait trespasser quand j'y pense.
Amour, qui ce jour-là si grandes beautez vit. Dans un marbre , en mon cœur, d'un trait les escrivit ; Et si, pour le jourd'huv^ vos beautez si parfaites
Ne sont comme autrefois . je n'en suis moins ravy. Car je n'ay pas égard à cela que vous estes, Mais au doux souvenir des beautez que je vy.