NEUF SONNETS DE P. DE RONSARD
POUR HKtKNK DE SURGERBS Imprimez pour U première fois en 1609.
Maistresse, embrasse-moy^ baisennoy, serre^moj, Haleine contre haleine, echauflFe-mojr la vie , Mille et mille baisers donne-moy) je te prie; Amour veut tout sans nombre , AMui* nt point de loy .
Baise et rebaisennoy ; belle bouche, pourqvoy Te gardes^u , li-bas, ouand tn seras bleuie , A baiser de Pluton ou la femme ou f amie , N'ayant plus ny couleur, ny rien semblable i toy P
En vivant presse-moy de tes lèvres de roses; Bégaye , en me baisant , i lèvres demy-clqses Mille mots trançonnez, mourant entre mes bras.
Je mourray dans les tiens, puis , toy restiscitée , Je resusciteray ; allons ainsi la bas ^ Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.
La mère des amours j'honore dans les cieux Pour avoir trois beautez , trois grâces avec elle ; Mais tu as une laide et sotte damoyseile , Qui te fait deshonneur; le change vaudroit mieux. Jamais le chef d'Anzus , fenestré de cent yeux^ Ne garda si soigneux rlnachide pucelle,
Îue sa rude paupière , à veiller étemelle , é regarde , t'espie et te suit en tous lieux. Je ne suis pas un Dieu pour me changer en ployé ; Dessous un cygne blanc mes fiâmes je n'estuye: C'estoient de Jupiter les jeux malicieux.
Je prens de tes beaux yeux ma pasture et ma vie. Pour^uoy de tes recards me portes-tu envie ?
On voit sur les autels les im^es des Dieux.
Lvni.
J'ay reçeu vos cyprez et vos orangers verds ; Le cyprez est ma mort, Toranger signifie (On Phebus me déçoit) qu^après ma courte vie Une gentille odeur sortira de mes vers.
Recevez ces pavots que le somme a couvers D'un oubly stygien ; il est temps que j'oublie L'Amour qui sans profit depuis six ans me lie , Sans alenter la corde ou desclouer mes fers.
Pour plaisir, en passant , d'ufie lettre bien grosse Les quatre vers suy vans engrave sur ma fosse : « Une Espagnolle prit un tudesque en ses mains;
Ainsi le sot Hercule estoit captif d'Iole.
La finesse appartient à la race espagnolle ^ £t h simple nature appartient aux Germains, y»
Mon pace, Dieu te gard'! Que fait nostre maistresse? ' Tu m apportes tousjours ou mon mal ou mon bien. ?uand je te voy je tremble et je ne suis plus mien , antost chaud d un espoir, tantost froia de tristesse. Çà, baille-moy la lettre, et pourtant ne me laisse ; Contemple bien mon front, par qui tu pourras bien Coenoistre, en le fronçant ou défronçant , combien Sa lettre me contente ou donne de détresse.
Mon page , que ne suis-je aussi riche qu'un roy I Je feroy de porphyre un beau temple pour toy. Tu serois tout semblable à ce Dieu des voyages ; Je peifldfois une table où l'on verroit pourtraits Nos sermens , nos accords, nos ferres et nos paix^ Nos lettres , nos devis , tes tours et tes messages. Ronsard. — L 27
4i8 Pitc&s
Ç) nand an commencement j'admiray ton mente ^
^vL»^(> ^i^^ ^ ^^ ^^^ ^^>^ louange et sans bruit ; Maintenant un renom par la France te suit, Egaliant en srandeur la royalle Hippolyte.
Libéral, j eavojray les Mttsos'àtasiute, Je fey loin detOQchef évawwir la nniâ^ Je fey flamber to» nomcoomie im astre ^ lut , J 'av dans Tazur du del ta kwMige décrite.
Je n'en nia pa fflifrytvtouteinbis<i«tqedeuls>
Sue tu ne m'i^mts pa» ; qu'ingrate ; tu ne^fetnc: e payer qne de ris, fie lettie» etdktiUades« Mon labenr ne se paye en^emblabksfaçoiis; Les autres pour paraileaii^nq oiwtx. chansons Au front de quelque livre, ct4oy éu> lliadesi
L'enfant contre lequel ny targue ny salade Ne pourroient résister, d'un trait plein de rignenr M'avoit de telle sorte ulcéré tout le cœur Et bruslé tout le san^, que j^en devins malade.
J'avoy dedans le lict un teint jaunement fade, QSKind celle qui pouvoit me remettre en vigueur^ Avant qudyie. pitié de ma. triste .kaogueurv ; - Me vint voir, guarissant mon^Àuyi'dtfi^.ieiHadè.
Encores aujourd'huy ks. mirades /se' font ; Les sainctes et lessaincts tes.mesmeâ ioroes<ont Qu'aux bons siècles passez ; carySttostqne màtsanete
Renversa U vertu de ses rayons kiisans> ^ Sur moy qui langnissois , . ma fié«r& ftit cstetate ; Un mortel nMxkcin jne i^^ust iaiot en .dix ^ans.
Lien:;"'.
Je n'anrme point les Joils ': 'ils'ont^fms!'en ta croix Ce Christ^ ce Mc$siAS.quiJDoc{MChfa«ffaee> Des prQpiuies.<icci$ ensanglatrtéilalplad&y - ' ^
RETRANCHÉES. J^î.^
Murmuré contres Dieu^ ^ ieur donna les-Ioix,
Fils de Vespasian-, grand Tke, tu devois , DestruiSant lewcitéy «li destruire la race , Sans leur donner ny temps , ny mcmient , n^* espace De chercher autre part autres divers endroits.
Jamais Léon Hebrieudes juifs n'eustprins naissance, Léon Hebrieu , qui donne aux dames cognoissance D'un amour fabuleux, la mesme fiction; [tuce.
Faux, trompeur, mensonger, plein de fraude et d^as< Je croy qu'en luy coupant la peau de son prépuce On luy coupa le cœur et toute affection.
Je trespassois d'amour assis auprès de toy, Cherchant tous les moyens de voir ma flarae es- Accorde, ce disoy-je, à la fin ma complainte, [teinte ; Si tu as quelque soin de mon mal et ae moy.
Ce n'est (ce me dis-tu] fë remors de la loy
8ui me fait t'éconduire, ou la honte ou la crainte, y la frayeur des dieux, on telle autre contrainte; C'est qu'en tes passe^temps plaisir je ne reçoy.
D'une extrême froideur tout mon corps se compose. Je n'aime point Venus, j'abhorre telle chose, Et les presens d'Amour me sont une poison,^
Puis je ne le veux pas. sublime deffaitc!
Ainsi parlent les rois , défaillant la raison : « Il me plaist, je le veux^ ma volonté soit faite. »
LXIY*
Si jamais hom^ie en aimant futheurçu^, Je suis heureux, icy je le confesse, Fait serviteur d'une belle maistresse Dont le% beauac ycm; acKine sqi^ 4nal-nluim;^ttx« D'un autre bien je ne.sni&.dêireitx^
420 Pièces
Honneur, beauté, vertus et {gentillesse Ainsi que fleurs honorent sa {eunesse, De qui je suis sainctement amoureux.
Donc si quelqu'un veut dire que sa grâce Et sa beauté toutes beautez n'ettace , .
Et qu'en amour je ne vive contant ,
Devant Amour au combat je l'appelle , Pour luy prouver que mon cœur est constant , Autant qu'elle est sur toutes la plus belle^