‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 221 sur 227 · A OLIVIER DE MAGNY · texte numérisé non relu

A OLIVIER DE MAGNY

Si je pouvois, Magny, acquérir par la grâce De nostre D'Avanson quelque faveur de celle Qui de cent mille noms pour ses eifects s'appelle^ Et qui change trois fois aiversement sa face (i),

Près les jardins d'Annet. dans une belle place , Je peindrois ses honneurs d'une lettre immortelle, Et tous les puissans dieux qui marchent après elle, Quand la trompe à son col elle court à la chasse.

Je peindrois d'autre part, mais d'une autre façon ^ Comme un nouveau Phœbus, le seigneur D'Avanson^ Des Muses conduisant la neuvaine céleste.

Mais il est temps de voir ce portraict accomply : Car les heures s'en vont, et des hommes ne reste , Après nostre trespas, que la cendre et l'oubly.

LXXV(is6o).

(Du grec|de Posidippe.)

Vous avez, Ergasto, honny de vostre maîstre Le lict et les amours; vous en serez marché, Afin que les vallets prennent exemple d'estre Fidèles, en voyant puny vostre péché.

Vous aurez à bon droict le nez demy tranché, Et l'oreille senestre avec l'oreille dextre ; Ainsi vostre forfait vous sera reproché De ceux qui vous pourront par ces marques cognoistre. Traistre, inique et meschant, en tout mal embourbé, Si l'on pend un vallet pour avoir desrobé

I . Diane de Poitien , qu'il confond poétiquement avec la déesse Diaoe«

42£ Prftovs

Cinq sols i son sei^or, bé I quelle t3rranine Pour juste chastiment aurez-vous mérité^ Qui m*avez, sous couleur d'une fidélité, Prins un bien qui m'estoit trop phis cher que la vie ?

LXXVI(is6ô).

A TRftS ILLUSTRE PRIKCE CHAHLSS, Cardinal de Lorraine.

Monseigneur, je n'ay plus ceste ardeur de jeunesse Qui me faisoit chanter les passions d'Amour; . J'ay le sang refroidy; le jour suivant te jour En desrobant mes ans les donne à la vieillesse.

Plus Phœbus ne me plaist ny Venus la déessç> Et la grecque fureur qui bôuillonnoit autour De mon cœur, qui estoit son fidèle séjour, Comme vin escumé sa puissance r'abaisse.

Maintenant je ressemble au vieil cheval guerrier Qui souloit couronner son maistre de laurier : Quand il oit la trompette, il est d'ardeur espris,

Et courageux en vain se pousse en la carrière; Mais, en lieu de courir, demeure seul derrière, Et r'apporte au logis la honte pour le prix.

LXXVIÎ(is7B).

A LOTS DE BOURBON, Prince de Condé.

Pr ince du sang royal, je suis dtine nature Constante, opiniastre, et qui n'admire rien; . Je voy passer le mal , je voy passer le bien , Sans me donner soucy d'une telle aventure.

Qui va4iaut, qui va bas,qui ne ganle mesm] • Qui luit, qui suit, qui tient, qui dit que toutK^'siak'j

L'un se dit zumglien, Tautre luthérien,

Et fait de Thabile homme au sens de l'EscritUre.

Tandis que nous aurons des muscles et des «Veiïies Et du sang, nous aurons des passions humaines; Chacun songe et discourt, et dit qu'il a rais(ïn.

Chacun s'opiniastre, et se dit véritable ; Après une saison vient une autre saison, Et rhbmme ce-pendant n'est sinon qq'une fable.

LXXVIII(i578)..

A J. DE LANSAC LE JEUNE, Seneschal d'Agenois.

a uand Apollon auroit faict un ouvrage, A qui, Lansac, le sçauroit-41 donner Sinon à toy, qui pourrois estonner De tes beaux vers les vers du premier âge ;

Qui de chanter et du luth as Pusage, Qui, ne voulant en France séjourner.

As veu TAsie , et le jour retourner Quand au matin il refait son voyage ; Qui de l'Amour cognois les passions,

8ui de la cour sçais Tes affections, îpourles dieux et les hommes (ce semble)?

Te voulant donc de ces* vers estrener, Cen*est, Lansac, à un seul les donner.

C'est les donner à mille hommes ensemble.

LXXïX(i578).

a NICOLAS DE NEUFVILLE,

Seigneur de Villeroy; secretafre d'Estat.

ILLEROY, dont le iM>m • et 'ieySta-BOBi •ensemble Sont pleins de majesté^ fay, de^grace,. poui^ moy

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Quelque chose qui soit digne de Villeroy, Afin au'à ton Mau nom ta volonté ressemble :

Villeroy, qui en un toutes vertus assemble, Roy de mœurs et de nom, mais Dieu, comme ;e croy : Car n'ofenser personne , et obliger à soy Les hommes, c est vraymentestre Dieu, ce me semb/ç.

Par ce chemin Hercule alla dedans les cieux, Par ce chemin Thésée et Chiron furent dieux.

Et tous ces vaillans preux de la saison première :

Ainsi qu'eux dans le ciel auras un propre lieu , Et chacun ensuivant icy bas ta lumière Apprendra comme toy d'homme à se fairç un dieu. U

LXXX(iS7}).

A LUDOVICO DAIACETTO, FLORENTIN,

Je sçavois bien que la belle Florence, Que l'Ame baigne, estott une cité Qui j noble et riche en sa fertilité, Avoit produit tant d'hommes d'excellence.

Cosme , Laurens , dont l'heureuse pruaence Jointe à vertu gaigna l'autorité , Et aui remit la Muse en dignité, Et au grand Mars l'antique expérience,

J'estois certain qu'elle abondoit en biens, Grandeurs, honneurs; mais que les citoyens Fussent si grands absens de leur patrie ,

Je l'ignorois. Or, Daiacet, tu es Fleur de Florence, et, libéral, tu fais Cognoistre assez le tout par la partie.

LXXXI(iS78).

Anne m'a fait de sa belle figure Un beau présent que je garde bien cher;

Cher pour-autant qu*on n'en sçauroit chercher U n qui passast si belle pourtraiture.

Diane icy redonne sa peinture A sa maistresse Anne, pour revancher Non le présent, mais, numble, pour tâcher Que son service envers son ame dure.

Des deux costez le portrait est gravé De maint exemple entre amis esprouvé, D'un beau Coréb', de Pylade et d'Oreste ,

Et d'un autel sacré à l'Amitié ; Pour tesmoigner qu'une amour si céleste N'a fait qu'un cœur d'une double moitié.

Chanson (1560).

ourquoy tournez-vous vos yeujt Gracieux De moy quand voulez m'occire, Comme si n'aviez pouvoir

Par me voir

D'un seul regard me destruire ?

Las ! vous le faites à fin

Que ma fin

Ne me semoTast bien heureuse »

Si j'allois en périssant

Jouissant De vostre œillade amoureuse.

Mais quoy ? vous abusez fort : Cette mort ^ui vous semble tant cruelle [e semble un gain de bon-heur^ Pour l'honneur De vous, qui estes si belle.

4)0 PlftCES

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