‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 222 sur 227 · SUR LA MORT OB MARIE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT OB MARIE

Helul jen'ay pour mon objet Qufnn regret, qu'une souvenance ; La terre emlirasse le jujet En qui vivoitmon espérance.

Cruel tombeau ï je n^ay plnrrieny Tu as desrâbé'toutmoti bien ,

Ma mort etmaTJe,

L'anuHite et Tamie,

Plaints^ souspir» et pleurs,

Douleurs sus douleurs.

Que ne voy-jc, pour languir mieux.

Et pour vivre en plus, longue peine^ Mon cœur en souspirs et mes yeux Se changer en une fontaine.

Mon corps en voix se transformer, Pour souspirer, pleurer, nommer

Ma mort et ma vie !

Ou je voudrais estre un rocher Et avoir le cœur insensible.

Ou esprit, à fin.de cercher Sous la terre mon impossible:

J'irois, sans crainte du tnspai.

Redemander aux dieux d'emAKW

Ma mort et ma vie. ■ Mais cène sont que fictions :

Il me faut troinrerantoes plaintes.

Mes véritables passions' Ne se peuvent servir de feintes:

Le meilleur remède en «ccy, : ' C'est mon tounnent et- non soucy),

Ma mort et ma viet: - .

Au prix de moyiJesamouMix,.

Voyant les ,bfeanx.'y€iux.dekQnidamé, ' Cheveux et bouche^soM^ fièureur De brasier d'une meibne: '^^ ' ^

RETRA^NCHfES. 4)1

En bien servant il» entespoin:

J e suis sans espoir, de revoir

Ma mort et im vie.

Ils aiment un sujatqui vit ; La beauté vive les vient preiidre, L'œil qui voit, la bouche. qui dit :

Et moy je n*ayme qu'une. cendre.

Le froid silence du tombeau Enferme mon bien et mon: beau^

Ma mort et ma vie.

Ils ont le toucheret Touir, Avant-courrief&'de lavictoire :

Et je ne puis jamais jouir Sinon d'une triste mémoire.

D'un souvenir et d'un regret.

Qui tousjours lamenter me tait

Ma mort et ma vie.

L'homme peut.gai^ner par effort Mainte bataille et mainte ville ; Mais de pouvoir vaincre la mort C'est une chose difficile.

Le Ciel y qui n'a point de pitié , Cache sous terre ma moitié,.

Ma mort et ma vie.

Après sa mort je ne devois^ Tué de douleur, la survivre ; Autant que vive je l'aimois, Aussi tost je la devois. suivre.

Et, aux siens assenbJaiitmes.oSy.

Un mesme cercueil eiist enclos

Ma mort et ma vie.

Je mettrois fin à.ioQa;m^ear, Qm hors de saison me transporte.

Si ce n'estoit que madoufasiur D'un double bien me TécQolbrte.

La penser* déessej .et songer .

En elle, me kitsAÏOBg^r

Ma morteti survie!.^ '^

4)3 Pièces

En songe la nuîct je la Yoy, Au ciel une estoille nouvelle^ S'apparoistre en esprit à moy Aussi vivante et aussi beUe Comme elle estoit le premier jour Qu'en ses beaux yeux je veis Amour,

Ma mort et ma vie.

Sur mon lict je la sens voler, Et deviser de mille choses; Me permet le voir, le parler, Et tuv baiser ses mains de roses, Torcne mes larmes de sa main , Et presse mon cœur en son sein.

Ma mort et ma vie.

La mesme beauté qu'elle avoit^ La mesme Venus et la grâce, Le mesme Amour qui la suivoit En terre, apparoist en sa face.

Fors que ses yeux sont plus anlansj Où plus à clair je voy aedans

Ma mort et ma vie.

Elle a les mesmes beaux cheveux^ Et le mesme trait de la bouche, Dont le doux ris et les doux nceuds Eussent lié le plus farouche ; Le mesme parler qui souloit Mettre en doute, quand il voulolt,

Ma mort et ma vie.

Puis d'un beau jour qui point ne faut^ Dont sa belle ame est allumée.

Je la voy retourner là haut Dedans sa place accoustumée , Et semble aux anges deviser De ma peine , et favoriser

Ma mort et ma vie.

Chanson , mais complainte d'amour.

Qui rends de mon mal tesmoignage, Fuy la court, le monde et le jour,

Va-t'en dans quelque bois sauvage, Et là, de ta dolente vois, Annonce aux rochers et aux bois

Ma mort et ma vie,

L'amante et Tamie,

Plaints, souspirs et pleurs.

Douleurs sus douleurs.

CHANSON (1560)

Il me semble que la journée Dure plus longue qu'une année Quand par malheur je n'av ce bien De voir la grand' beauté de celle

?ui tient mon cœur, et sans laquelle, !ssé-je tout, ie ne voy rien. Quiconque tut jadis le sage

?ui dit que l'amoureux courage it de ce qu'il aime, il dit vray :

Ailleurs vivant il ne peut estre, Ny d'autre viande se paistre ; J'en suis seur. j'en ay fait i'essay.

Tousiours ramant vit en l'aimée :

Pour cela mon ame affamée Ne se veut soûler que d'amour ; De l'amour elle est si friande.

Que , sans plus, de telle viande Se veut repaistre nuict et jour.

Si Quelqu'un dit mie je m'abuse, Voye luy-mesme la Méduse Qui d'un rocher m'a fait le cœur, Et, l'ayant veue, je m'asseure Qu'il sera fait sur la mesme heure Le compagnon de mon malheur.

Ronsard, — I. 28

4)4 Pièces

Car est-il homme que n'enchante La voix d'une dame sçavante , Et fust-il Scythe en cruauté ?

Il n'est point de plus grand' magie Que la clocte voix d'une amie.

Quand elle est jointe à la heautè.

Or j'aime bien, te le confesse.

Et plus j'iray vers la vieillesse, Et plus constant j'airoeray mieux ; Je n'oubliray, fussè-je en cendre, La douce amour de ma Cassandre, Qui loge mon ccrar dans ses yeux.

Adieu , liberté ancienne, Comme chose qui n'est plus mienne; Adieu , ma ch^ vie , adieu 1 Ta fuite ne me peut desplaire, Puis que ma perte volontaire Se retreuve en un si beau lieu.

Chanson, va-t'en où je t'adresse.

Dans la chambre de ma Maistresse; Dy-Iuy, baisant sa blanche main , Que , pour en santé me remettre , Il ne luy faut sinon permettre Que tu te caches dans son sein.

L'AMOUR OYSEAU (1567) (i).

Un enfant dedans un bocage Tendoit finement ses gluaux, A fin de prendre des oyseauX'

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