‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 223 sur 227 · I . Imité dtt poète grec Moscbos · texte numérisé non relu

I . Imité dtt poète grec Moscbos

Pour les emprisonner en cage.

Quand il veit, par cas d'aventure, Sur un arbre Amour emplumé , Qui voloit par le bois ramé Sur Pune et sur l'autre verdure,

L'enfant, qui ne cognoissoit pas Cet oyseau, fut si plein de joye

?ue pour prendre une si grand* proye indit sur l'arbre tous ses las.

Mais quand il vit qu'il ne pouvoit (Pour quelques gluaux qu'il peust tendre) Ce cauteleux oyseau surprendre, Qui voletant le decevoit,

Il se print à se mutiner, Et, jettant sa glus de colère.

Vint trouver une vieille mère Qui se mesloit de deviner.

Il luy va le fait avouer.

Et sur le haut d'un buys luy monstre L'qyseau de mauvaise rencontre , Qui ne faisoit que se jouer;

La vieille en branlant ses cheveux Qui jà grisonnoient de vieillesse, ' LuY dit : a Cesse mon enfant, cesse.

Si bien tost mourir tu ne veux

a De prendre ce fier animal. ' Cet oyseau, c'est Amour qui vole , Qui tousjours les hommes affole Et jamais ne fait que du mal.

a O que tu seras bien heureux Si tu le fuis toute ta vie, Et si jamais tu n'as envie D'estre au rolle des amoureux I

?« Mais j'ay grand doute qu'à Tinstant ue d homme parfait auras l'âge, e mal-heureux oyseau volage, Qui par ces arbres te fuit tant, a Sans y penser te surprendra , ^

4)6 Pièces

Comme une jeune et tendre queste, Et, foullant de ses pieds ta teste, Que c'est que d'aimer t'apprendra. »

CHANSON

Ace malheur qui jour et nuit me poîngt Et qui ravit ma jeune liberté , Dois-je tousjours obéir en ce poinct , Ne recevant que toute cruauté?

ridellement Aimant, Je sens Mes sens Troubler, Et mon mal redoubler.

Cest orfrizé et le lys de son teint, Sous un soleil doublement esclaircy.

Ont tellement mes mouelles attaint, Que je me voy déjà presque transi, âon œil ardant , Dardant En moy, L'esmoy Du feu, Me brusle peu à peu.

Je cognois bien . mais, helas! c'est trop tard, Que le meurtrier ae ma tranche raison S'est escoulé par l'huys de mon regard , Pour me brasser ceste amère poison :

Je n'eus qu'ennuis Depuis Le jour Qu'Amour

i^AjlXi

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Au cœur M'inspira sa rigueur.

Et nonobstant, cruelle , que je meurs En observant une saincte amitié , Il ne te chaut de toutes mes clameurs, Qui te devroient inciter à pitié.

Vien donc, archer Très-cher, Volant, Doublant Le pas , Me guider au trespas !

Ny mes esprits honteusement discrets, Ny le travail que j*ay pour t'adorer.

Larmes, souspirs et mes aspres regrets Ne te sçauroient, Dame^ trop inspirer.

Si quelquefois Tu vois A rœil Le dueil Que j*ay Pour Tamoureux essay.

Quelqu'un sera de la proyc preneur Que j'ay long^temps par cy-devant chassé.

Sans mériter jouira de cet heur Qui a si fort mon esprit harassé.

C'est trop servy ; Ravy Du mal Fatal , Je veux Concevoir autres vœux.

Quelque lourdaut, ou quelque gros valet, Seul, à Pescart, de mon heur jouissant, Luy tastera son ventre rondelet.

Et de son sein le pourpre rougissant.

Denuict, de jour, L'amour

4)S Pièces

Me fût Celait Penser.

Et me sert aun enfer.

Or je voy bien qu'il me convient mourir Sans espérer aucun allégement; Puis qu'à ma mort tu prens si grand plaisir.

Ce m'est grand heur et grand contentement , Me submettant y Pourtant Qu'à tort La mort L'esprit Me ravit par despit.

SONNET A CASSANDRE[i56o](i).

LXXXÏL

aue tu es , Ciceron, un affeté menteur.

Qui dis qu'il n'y a mal sinon que l'intamie ! Si tu portois celuy que me cause m'amie , Pour le moins tu dirois que c'est quelque malheur. J'en sens journellement un aigle sur mon cœur^ J'entends un soing griffu qui comme une furie Me ronge impatient ; puis tu veux que je die , Abusé de tes maux , que mal n'est pas douleur ! Vous en disputerez ainsy, si bon vous semble , Vous , philosophes grecs, et vous, Romains, ensemble ; Si est-ce que (Tamour le travail langoureux

1 . Ces dernières poésies ont été omises au recueil des pièces retranchées. Je les ai retrouvées dans les éditions originales.

Est douleur quand un oeil Tencharne dedans Pâme Et que le deshonneur, la honte et le diffame N 'est point de mal au prix du torment amoureux.

SONNETS A MARIE(iS73).

LXXXÏII.

Puisqu 'autrement je ne sçaurois jouir De vos beaux yeux, qui tant me font la guerre, Je veux changer de coustume et de terre, Pour ne vous voir ny vos propos ouïr.

Je ne sçaurois , helas ! me resjouir Sans vostre main , qui tout le cœur m'enferre , Et vostre voix , qui sereine m'enserre , Et vos regards , qui me font esblouir. ,

Tant plus je pense à me vouloir distraire |

De vostre amour, et moins je le puis faire , Si ce n'estoit en m'enfuyant bien loin ;

Mais j'aurois peur qu'Amour, par le voyage, De plus en plus m'enflammast mon courage , Car plus on fuit et plus on a de soin.

Le jour me semble aussi jong qu'une année Quand je ne voy l'esclair de vos beaux yeux , Yeux qui font honte aux estoiles des cieux , i

En qui je voy quelle est ma destinée. f

Fiere beauté que le ciel m'a donnée Pour si doux mal , helas ! il valoit mieux Aller soudain sur le bord stygieux Que tant lan^ir pour chose si bien née!

Au moins la mort eust finy mon désir,

440 Pièces

Qui en YÎvant en cent formes me mue.

Le veoir, l'ouir, me change en despUisiTy

Et ma raison pour néant s'évertue ; Car le penser que j'ay voulu choisir Pour me conduire est celuy qui me tue.

Seul et pensif j'alloy parmj la rue Me promenant à pas mornes et lents, Quand j'aperceu les yeux estincelants Auprez de mov de celle qui me tue.

De chaud, ae froid, mon visage se mue ; Coup dessus coup mille traits violents , Hors des beaux veux de la belle volans, Ce faux Amour ae sa trousse me rue.

Je ne soufty Tesclair de ses beaux yeux, Tant il estoit poienant et radieux , Qui , comme fouore, entra dans ma poitrine.

Je fusse mort sans die, qui , peureux, Me rassura , et de la mort voisine Me rappela d'un salut amoureux.

Si trgp souvent, quand le destr me presse, Tout affamé de vivre de vos yeux , Peureux , honteux , pensif et soucieux Devant vostre huis je repasse , maistresse ,

Pardonnez-moy, ma mortelle déesse.

Si , malgré moy, |e vous suis ennuyeux; Malgré moy, non, car j'aime beaucoup mieux , Sans vous fascher, trespasser de tristesse.

Las 1 si je passe et passe si souvent Auprès de vous, fantastique et resvant, C'est pour embler un traict de vostre veue,

Qui fait ma vie en mon corps séjourner.

Permettez donc que Tame soit repeue D'un bien qui n'est moindre pour le donner.

CHANSON (1560)

Je suis amoureux en deux lieux :

De Pun j'en suis desespéré Le l'autre j'en espère mieux, Et si n'en suis pas asseuré.

Que me sert d'avoir soupiré Pour deux amours si longuement , Puis qu'en lieu du bien oesiré Je n'ay que malheur et tourment.^

Or, quant à moy, je suis content Désormais tout amour quitter Puisqu'on voit un menteur autant Qu'un véritable mériter ; Je ne m^en veux plus tourmenter Ni mettre en espreuve ma foy.

Il est temps de me contenter Et n'aimer plus autre que moy.

CHANSON (is6o)(»).

Je te hais bien (crois moy). maistresse, Je te hais bien, je le confesse, Et te devrois encor plus fort Hayr que je ne fais la mort ; Toutestbis il faut que je t'aime Plus que ma vie et que moi mesme ;

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