Il a emprunté ce sonnet de Bembo
Premier Livre. 15
Et ce fin or, où Ter mesme se mire , Me sont au cœur en si profond esmoy,
(^'un autre objet ne se présente à moy,
Sinon , Belleau , leur beauté que j'honore , Et le plaisir qui ne se peut passer
De les songer, penser et repenser.
Songer, penser et repenser encore.
Tes yeux divins me promettent le don Qui d'un espoir me renflamme et renglace.
Las ! mais j'av peur(i) qu'ils tiennent de la race De ton ayeul le roy Laomedon.
Au flamboyer de leur double brandon De peu à peu Tesperance m'embrasse, Ja prévoyant par l'accueil de leur grâce.
Que mon service aura quelque ffuerdon.
j ant seulement ta bouche m espouvante , Bouche vrayment qui, prophète, me chante Tout le rebours de tes yeux amoureux.
Ainsi je vis , ainsi je meurs en doute ; L'un me rappelle et l'autre me reboute , D'un seul ob|et heureux et mal-heureux.
Ces deux veux bruns, deux flambeaux de ma vie, Dessus les miens respandans leur clarté , Ont arresté ma jeune liberté , Pour la damner, en prison asservie.
De ces yeux bruns ma raison fut ravie , Si qu'esbloui de leur grande beauté, Opiniastre à garder loyauté,
<. C'est à dire : mais j'ay penr qu'Us ne me tiennent pas promesse , car il parle à sa Cassandre comme si elle estoit lille du roy Priam et petite-fiUe de Laomedon, homme pai;jure et de fort mauvaise foy. (M.)
i6 Amours.
Autres yeux voir depuis je n'eus envie {a).
D'autre esperon mon tyran ne me poind ;
Autres pensers en moy ne logent point ,
Ni autre idole en mon cœur je n'adore ; Ma main ne sçait cultiver autre nom ,
Et mon papier n'est esmaillé sinon
De ses b«autez que ma piume colore ( i ].
Plustost le bal de tant d'astres divers Sera lassé , plustost la terre et l'onde , Et du grand tout l'âme en tout vagabonde Animera les abymes ouverts ;
Plustost les cieux de mer seront couvers , Plustost sans forme ira confus le monde , Que je sois serf d'une maistresse blonde, Ou que j'adore une fefnme aux yeux vers.
Car cet œil brun qui vint premier éteindre Le jour des miens les sçut si bien atteindre Qirautre œil jamais n'en sera le vainqueur;
lX quand la mort m'aura la vie ôtée Encor là bas je veux aimer l'idée (>) De ces yeux bruns que j'ay fichés au cœur {b),
a. Var. :
Et quelque part qu'Amour m'ait arresti , Je n'aj sceu voir ailleurs autre beauté, Tant ils sont seuls mon bien et mon envie.
b. Var. :
bel œil brun, que je sens dedans Vame,