Bembo
Sogno , che dolcemente m'hai furato A morte , et del mio mal posto in oblio.
Premier Livre. 19
De quelle porte es-tu coulé des cieux Pour soulager les peines de mon ame ?
Toy, quand la nuict par le penser m'enflame, Ayant pitié de mon mal soucieux, Ore en mes bras , ore devant mes yeux , Tu fais errer ridole de ma dame.
Las ! où fiiis-tu ? arreste encore un peu , Que vainement je me soye repeu De ce beau sein dont Tappétit me ronge.
Et de ces flancs qui me font trespasser {a) ; Sinon d'effet, souffre au moins que par songe Toute une nuict je les puisse emorasser.
Ailés démons gui tenez de la terre Et du haut ciel justement le milieu , Postes divins , divins postes de Dieu , Qui ses secrets nous apportez grand erre ,
Dites, courriers (ainsi ne vous enserre Quelque sorcier dans un cerne de feu) Razant nos champs, dites, a'-vous(i) point veu Geste beauté qui tant me fait la guerre t
Si Tun de vous la contemple çâ bas.
Libre par Tair il ne refuira pas , Tant Qoucement sa douce force abuse ;
Ou , comme moy, esclave le fera ,
a. Var. :
Demeure, songe, arreste encore un peu ; Trompeur, atten que je me sois repeu Du vain portrait dont Fappetit me ronge, Ren-moy ce corps qui me fait trespasser.
Da quai porta del ciel cortese e pio Scendesti al raUegrar un dolorato? etc.
I. Comme les Latins disent Sis y pour Si m y ainsi Icf François , A'-^ou$, pour Avez-vous. (M.)
Ou bien en pierre eP le transformera D*un seul regard, ainsi qu'une Meduze.
Cj uand au premier la dame oue j'adore ^^^De ses beautez vint embellir les cieux , Le fils de Rhée appela tous les dieux Pour faire encor d elle une autre Pandore.
Lors Apollon richement la décore , Or' de ses rais luy façonnant les yeux , Or' luy donnant son chant meloaieux , Or' son oracle et ses beaux vers encore.
Mars luy donna sa fiere cruauté , Venus son ris , Diane sa beauté , Pithon sa voix , Cerés son abondance ,
L'Aube ses doigts et ses crins déliés , Amour son arc , Thetis donna ses pies , Clion sa gloire , et Pallas sa prudence.
XXXIH.
D'un abusé je ne serois la fable , Fable future au peuple survivant , Si ma raison alloit bien ensuyvant L'arrest fatal de ta voix véritable.
Chaste prophète , et vrayment pitoyable , Pour m'aavertir, tu rte prédis souvent
Sue je mourray, Cassandre . en te servant ; liis le mal-heur ne te rena point croyable.
Car ton destin , qui cèle mon trespas Et qui me force à ne te croire pas , D'un faux espoir tes oracles me cache.
Et si voy bien , veu Testât où je suis , Que tu dis vray ; toutefois je ne puis D^autour du col me dénouer l'attache {a).
a. Var. ne et 14e vers:
Nulk créance à tes propos n'accorde.,.
D'autour du col me détacher la corde.
Premier Livre. 2\
Las ! je me plains de mile et mile et mile Soupirs y qu'en vain des flancs je vay tirant , Heureusement mon plaisir martyrant Au fond d'une eau qui de mes pleurs distile.
Puis je me plains d'un portrait inutile , Ombre du vray que je suis adorant , Et de ces yeux qui me vont dévorant , Le cœur bruslé d'une flamme gentile.
Mais , par sus tout , je me plains d'un penser Qui trop souvent dans mon cœur fait passer .
Le souvenir d'une beauté cruelle j
Et d'un resret qui me pailist si blanc Que je n'ay plus en mes veines de sang .
Aux nerfs de force , en mes os de moùclle.