‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 27 sur 227 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

luisse advenir qu'une fois je me vange De ce penser qui dévore mon cœur, Et qui tous)ours , comme un lion vainqueur, Le tient, l'estrangle et sans pitié le mange 1

Avec le temps le temps mesme se change; Mais ce cruel qui succe ma vigueur, Opiniastre au cours de sa rigueur.

En autre lieu qu'en mon cœur ne se range.

Bien est-il vray qu'il contraint un petit Durant le jour son secret appétit, Et dans mes flancs ses j^ffes il n'allonge ;

Mais quand la nuit tient le jour enfermé , Il sort en queste, et, lion affamé, De mille dents toute nuict il me ronge.

I. Tout ce sonnet est tiré de Pétrarque, 219, i. Far potest* io vendetta di colet, etc.

22 Amours.

Pour la douleur qu'Amour veut que je seate , Ainsi que moy, Phœbus, tu iamentois^ Quand, amoureux , loin du ciel, tu chantois Prés d^Ition , sur les rives de Xanthe î

Pinçant en vain ta lyre blandissante , Fleuves et fleurs et bois tu enchantois, Non la beauté au'en Pâme tu sentois, Qui te navroit d'une playe aigrissante.

Là de ton teint se pallissoient les fleurs , Et Peau , croissant au dégoût de tes pleurs, Portoit tes cris , dont elle rouloit pleine.

Pour mesme nom les fleurettes du Loir, Prés de Vendôme, ont daigné me douloir.

Et Peau se plaindre aux souspirs de ma peine.

Les petits corps culbutans de travers (i}> Par leur descente en biais vagabonde , Heurtez ensemble ont composé le monde , S'entr'accrochans d'accrochements divers.

L'ennuy, le soing et les pensers couvers , Tombez espais en mon amour profonde , Ont façonné d'une attache féconde Dedans mon cœur l'amoureux univers.

Mais, s'il advient que ces tresses orines , Ces doits rosins et ces mains yvoirines Froissent ma vie , en quoi retournera

Ce petit tout? En eau, air, terre ou flamme?

I . Empedocle , Epicure, et leun sectateurs , constituoient deux principes de toutes choses : le vuide, et les petitts corps qu'ils nommoient atomes. Et disoient que ces petits corps alloient quelquefois un peu de travers, à fin de s'entr'accrocher: et que, par rassemblement fortuit d'iceux, et le monde et toutes choses avoient esté composées. (M.)

Premier Livre. 23

Non . mais en voix qui toujours de ma dame Par le grand tout les honneurs sonnera {a).

Doux fut le trait qu'Amour hors de sa trousse Pour me tuer me tira doucement Quand je fiis pris au doux commencement D'une oouceur si doucettement douce.

Doux est son ris et sa voix , qui me pousse L'esprit du corps , pour errer lentement Devant son chant, accordé gentement Avec mes vers animés de son pouce.

Telle douceur de sa voix coule à bas, Que sans Touîr vraiment on ne sait pas Comme en ses rets l'amour nous encordelle {b)y

a. Var. :

Rompent ma trame en servant lear beauté,

Retourneray-je en eau, on terre, ouflame^ Non , mais en voix qui toujours de ma dame Accusera V ingrate cruauté,

b. Var. :

Doux fut le trait qu'Amour hors de sa trousse Tira sur moy ; doux fut V accroissement Que je receu dis le commencement Par une fièvre autant aigre que douce.

Doux est son ris et sa voix, qui me pousse L'esprit du corps ^ plein de ravissement, Quand il luj plaist sur son luth doucement Chanter mes vers animez de son pouce.

joye

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