I. Un sonnet semblable est dans TArioste
40 Amours.
Puis qu'au partir, rongé de soin et d'ire, A ce bel œil l'adieu je n'ay sceu dire , Qui prés et loin me détient en esmoy,
Je vous supply, ciel , air, vents , monts et plaines , Taillis, forests, rivages et fontaines, Antres, prez , fleurs , dites-le luy pour moy.
\ Voyant les yeux de ma maistresse esleue , V A (]ui j'ay dit : Seule à mon cœur tu plais, D'un si doux fruict mon âme je repais , Que plus en mange et plus en est goulue.
Amour, qui seul les bons esprits englue , Et oui ne daigne ailleurs perdre ses traits , M'allège tant du moindre de ses traits Qu'il m'a du cœur toute peine tollue.
Non , ce n'est point une peine qu'aimer.
C'est un beau mal , et son feu doux-amer Plus doucement qu'amèrement nous brusie.
moy deux fois, voire trois, bien-heureux , S'Amour me tuë, et si prés de Tibulle J'erre là bas sous le bois amoureux !
L'œil qui rendroit le plus barbare appris , Qui tout orgueil eh numbtesse détrempe , Par la vertu de ne sais quelle trempe Qui saintement affine les esprits.
M'a tellement de ses beautez épris Qu'autre beauté dessus mon cq^ .ne rampe , ëT m'est advis, sans voir un jour Ja jampe De ces beaux yeux , que la mort me tient pris.
Cela vraiment que Vàir est aux oyseaux, Les bois aux cerfs, et aux poissons les eaux, Son bel œil m'est. O lumière enrichie
D'un feu divin qui m'ard si vivem^tt,
Premier Livre 41
Pour me donner Testre et le mouvement , Estes-vous pas ma seule Enteléchie(f}?
rj uand ma maistressë au monde print naissance, ^'^Honneur, Vertu, Grâce, Sçavoir, Beauté, Eurent débat avec la Chasteté , Qui plus auroit sur elle de puissance.
Liine vouloit en avoir jouissance , L'autre vouloit Tavoir de son costé; Et le débat immortel eust esté , Sans Jupiter, qui fit faire silence.
Filles , dit-il , ce n'est pas la raison Que Pune seule ait si belle maison ; Pour ce je veux qu'appointement on face.
L'accord fut fait, et, plus soudainement ^u'il ne Teut dit , toutes également !n son beau corps pour jamais eurent place.
De quelle plante ou de quelle racine , De quel onguent ou de quelle liqueur, Oindrois-je bien la playe de mon cœur, Qui d'os en os incurable chemine ?
rïy vers charmez , pierre , ny médecine , Drogue, ny jus, ne romproient ma langueur.
Tant je sens moindre et moindre ma vigueur Ja me traîner en la barque {*) voisine.
Las ! toi qui sçais des herbes le pouvoir, Et qui la playe au cœur m'as fait avoir.
Guéris le mal que ta beauté me livre ;
1 . Ma seule ame, qui causez en moy tout mouvement, tant naturel que volontaire. Entelediie, en grec, signifie perfection. Aristote enseigne que ceste entelechie donne essence et mouvement en toutes choses. (M.)