‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 37 sur 227 · I. Un sonnet semblable est dans TArioste · texte numérisé non relu

I. Un sonnet semblable est dans TArioste

40 Amours.

Puis qu'au partir, rongé de soin et d'ire, A ce bel œil l'adieu je n'ay sceu dire , Qui prés et loin me détient en esmoy,

Je vous supply, ciel , air, vents , monts et plaines , Taillis, forests, rivages et fontaines, Antres, prez , fleurs , dites-le luy pour moy.

\ Voyant les yeux de ma maistresse esleue , V A (]ui j'ay dit : Seule à mon cœur tu plais, D'un si doux fruict mon âme je repais , Que plus en mange et plus en est goulue.

Amour, qui seul les bons esprits englue , Et oui ne daigne ailleurs perdre ses traits , M'allège tant du moindre de ses traits Qu'il m'a du cœur toute peine tollue.

Non , ce n'est point une peine qu'aimer.

C'est un beau mal , et son feu doux-amer Plus doucement qu'amèrement nous brusie.

moy deux fois, voire trois, bien-heureux , S'Amour me tuë, et si prés de Tibulle J'erre là bas sous le bois amoureux !

L'œil qui rendroit le plus barbare appris , Qui tout orgueil eh numbtesse détrempe , Par la vertu de ne sais quelle trempe Qui saintement affine les esprits.

M'a tellement de ses beautez épris Qu'autre beauté dessus mon cq^ .ne rampe , ëT m'est advis, sans voir un jour Ja jampe De ces beaux yeux , que la mort me tient pris.

Cela vraiment que Vàir est aux oyseaux, Les bois aux cerfs, et aux poissons les eaux, Son bel œil m'est. O lumière enrichie

D'un feu divin qui m'ard si vivem^tt,

Premier Livre 41

Pour me donner Testre et le mouvement , Estes-vous pas ma seule Enteléchie(f}?

rj uand ma maistressë au monde print naissance, ^'^Honneur, Vertu, Grâce, Sçavoir, Beauté, Eurent débat avec la Chasteté , Qui plus auroit sur elle de puissance.

Liine vouloit en avoir jouissance , L'autre vouloit Tavoir de son costé; Et le débat immortel eust esté , Sans Jupiter, qui fit faire silence.

Filles , dit-il , ce n'est pas la raison Que Pune seule ait si belle maison ; Pour ce je veux qu'appointement on face.

L'accord fut fait, et, plus soudainement ^u'il ne Teut dit , toutes également !n son beau corps pour jamais eurent place.

De quelle plante ou de quelle racine , De quel onguent ou de quelle liqueur, Oindrois-je bien la playe de mon cœur, Qui d'os en os incurable chemine ?

rïy vers charmez , pierre , ny médecine , Drogue, ny jus, ne romproient ma langueur.

Tant je sens moindre et moindre ma vigueur Ja me traîner en la barque {*) voisine.

Las ! toi qui sçais des herbes le pouvoir, Et qui la playe au cœur m'as fait avoir.

Guéris le mal que ta beauté me livre ;

1 . Ma seule ame, qui causez en moy tout mouvement, tant naturel que volontaire. Entelediie, en grec, signifie perfection. Aristote enseigne que ceste entelechie donne essence et mouvement en toutes choses. (M.)

Page 1