IRE
D'autant loin que l'on se peut souvenir par les monumens de l'antiquité , je trouve aue , comme les grands roys sourdent rarement, aussi font les poètes exccllens , de sorte qu'il semble que la fatalité, sous la providence de Dieu , amené au siècle les uns et les autres, et qu'à bon droict ils ont esté avec pareil honneur appelez les enfans de Jupiter, ou, pour mieux dire, du Dieu vivant : car les grands roys ornez de vertus héroïques , et les poètes rares et divins , sont entre les hommes pour monstrer deux grands effets de la divinité , tant pour l'auctorité de commander aux personnes que pour la grâce de gaigner les esprits , tous les deux avec admiration et révérence ; et n'y a rien qui face tant remarquer le siècle et l'aage au cours du temps, comme ces deux sortes de grands personnages. C'est pourquoy. Sire, ayant acquis par le droict d'hos-
1. Henri III. Cette dédicace, mise par Jean Galland , principal du collège de Bonconr, ami et légataire de Ronsard, en tête de la première édition po^ome f Paris, Buon, 1(87, 10 vol. en j tomes in-12), est répétée dans toutes les suivantes.
xvj Au Roy,
pitalité la familière accointance de feu Monsieur de Ronsard , excellent poète , qui commença ses estudes sous le grand roy Françoys vostre ayeul, père des arts et sciences, et qui florit du règne du roy Henry vostre pere, les délices et Tamour du peuple; puis après au reene du roy Charles vostre frère , Prince amateur de la poésie , de laquelle ce premier ouvrier finalement est decedé* sous vostre règne , après Tavoir honoré douze ans entiers sous vostre protection et faveur; c*est pourquoy, dy-je, après avoir rendu au moins mal qu'il m'a esté possible à ce grand personnage le juste et dernier office deu à nos amis defuncts, j ay pensé que ne ferois chose hors de propos , m'ayant esté par luy recommandée l'impression de ses Œuvres , et par vostre privilège permise et commandée, de les mettre en lumière sous vostre nom, à fin qu'un si grand Roy comme vous estes honorast de la marque de son nom et règne la fin d'un si grand personnage comme est le poète Ronsard , et que ses Œuvres poétiques pareillement honorassent et recommandassent la mémoire et le nom d'un Roy si rare comme vous estes, mis au front d'une si rare poésie. Laquelle offrant à Vostre Majesté , je la supplie rece- ' voir aussi favorablement le présent comme dévotement il vous est présenté.
Sire , je prie Dieu, le Roy des Roy s , vous conserver en toute prospérité, tres-glorieux et tres-victorieux par dessus vos ennemis, bien obey et bien respecté de vos affectionnez subjects , entre lesquels, comme l'un des moindres d'iceux, je me dédie et consacre aux pieds de Vostre Majesté.
Vostre très-humble et très-affectionné subject,
J. Galland.
ivi|
DE P. RONSARDO ADRIANUS TURNEBUS.
Ronsardus carmen Musis et Apolline dignum Qui panait, qui Graiugenae LatiaequeCamœnx Ornamenta suis aspergit plurima chartis, At que indicta priùs dias in luminis oras Multa viris priscis auctor doctissimus eifert ; Vermiculata notis variant emblemata pictis Gui versum, gemmseque nitent, et carmina signant, • Purpureis veluti se floribus induit arbos, Pingitur in varios aut pratum vere colores, Aut picturato praetexens aéra limbo Ducit ab adverso speciem Thaumantias astro, Aonio Musas deducet vertice primus.
Primus Idumxas feret et tioi Gallia palmas ; Sequana quaque piger sinuosis flexibus errât , Amneque dividuam conjungit pontibus urbem , Piérides, vobis solido de marmore templum Hospita tecta parans augusta sede locaoit, Vester et autistes vittis sacrata revinctus Tempora, Panchxos aris adolebit honores.
Ante hune incomptis Fauni Satyrique canebant Garminibus, numerusque rudi Saturnins ore Stridebat, nec erat vobis, Phœboque poeta UHus digna ioquens, sed ineptus quale per agros Perstrepit upilio sylvestri carmen avena.
Primus at hic plenos deprompsit pectore cantus , Et sensus vivis animavit vocibus, ipso Implevitque Deo, quem cordibus intus anhelis Enthea veronim spirant prarcordia vatum.
Bonsara, — 1. 2'
XVIIj
BELLAIUS RONSARDO.
Undique in Oceanum volvant cùm flumina lymphas, Cumoue Iris nubes hauriat Oceano, Fluminibus, Konsarde, tamen nil crescit ab illis,
Ut neque decrescit nubibus Oceanus.
Sit tua laus, totum quae late amplectitur orbem^
Fluctibus immensi non minor Oceani, Crescere nec potis est, nec jam decrescere, laude
Omni hominum major, major et invidia.
Majorem hic igitur magno te dicet Homero ,
Ule tibi magnum cedere Virgilium.
Ml satis est, veteri ut titulo se marmora jactant ,
Dicere : Ronsardi est hoc quoque, lector, opus !
"Wirçilio fuerat qui par Ronsardus in omni i y Vita, morte parem sese praestaret ut illi ,
* Fidos elegit Tuccam et Varum inter amicos,
Te, Gallandi, et te, Binete, poëmata^ quorum Commisit curae, ne corrumpenda périrent :
Hei vereor ne uno sit Maecenate carendum.