‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 42 sur 227 · LXXXIII · texte numérisé non relu

LXXXIII

Douce beauté à qui je dois la vie, Le cœur, le corps, et le sang et l'esprit.

Voyant tes yeux. Amour mesme m'apprit Toute vertu que depuis j'ai suivie.

Mon cœur, ardant d'une amoureuse envie , Si vivement de tes grâces s'éprit Que d'un regard de tes yeux il comprit Que peut honneur, amour et courtoisie.

L'homme est de plomb , ou bien il n'a point d'yeux. Si , te voyant, il ne void tous les cieux En ta beauté , qui n'a point de seconde.

1. Il appert par ce sonnet et plusieurs autres 'qu'ils ne sont tous faits pour Cassandre, mais pour d'autres qu'il a aimées. (M.)

2. Ce sonnet porte, dans l'édition de 1^67, où il figure pour la première fois , ce titre : A M. de LimeuU. L'Af doit signifier mademoiselle, ou peut-être Marie. Il est à noter qu'il se trouve dans les Amours de Marie , dont le nom se trouveroit peut-être ainsi révélé.

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Premier livre. 49

Ta bonne grâce un rocher retiendroît ^ Et, quand sans jour le monde deviendroit, Ton œil si beau seroit le jour du monde.

LXXXIV[i567] (I).

|Ouce beauté qui me tenez le cœur, ^Et qui avez durant toute Tannée Dedans vos yeux mon ame emprisonnée, La faisant vivre en si belle langueur,

Ha ! que ne puis-je atteindre à la hauteur Du Ciel, tyran de nostre destinée 1 Je changerois sa course retournée, Et mon malheur je mu Vois en bon-heur.

Mais, estant homme, il faut qu'homme j'endure Du Ciel cruel la violence dure Qui me commande à mourir pour vos yeux.

I)oncques je vien vous présenter. Madame , Ce nouvel an, pour obeîr aux Cieux, Le cœur, Tespnt, le corps, le sang et l'ame.

L'onde et le feu , ce sont de la machine Les deux seigneurs que je sens pleinement , Seigneurs divins, et qui divinement Ce faix divin ont chargé sur Téchine.

Bref, toute chose, ou terrestre ou divine.

Doit son principe à ces deux seulement ; Tous deux en moy vivent également, En eux je vy, rien qu'eux je n'imagine.

Aussi de moi il ne sort nen que d'eux Et tour à tour en moy naissent tous deux :

Car, quand mes yeux de trop pleurer j'appaise,

1 . Le poète m'a quelquefois dit que ce sonnet n'est fait pour representersa passion , mais pour quelque autre dont il fut prié, désirant infiniment n'estre pomt recherché de têts importuns. (M.)

Ronsard. — I. 4

50 Amours.

Rassérénant les flots de mes douleurs , Lors de mon cœur s*exhale une fournaise , Puis tout soudain recommencent mes pleurs.

Si Pescrivain de la Grégeoise armée Eust veu tes yeux qui serf me tiennent pris , Les faits de Mars il n'eust jamais empris, Et le duc grec fust mort sans renommée.

Et si Paris, qui vit en la valée La grand* beauté dont son cœur fut épris, Eust veu la tienne, il t*eust donné le pris, Et sans honneur Venus s'en fust allée.

Mais s'il advient, ou par le veuil des cieux, Ou par le trait qui sort de tes beaux yeux, Qu'en publiant ma prise et ta conqueste ,

Outre la Tane(i) on m'entende crier, loi loi quel myrte ou quel laurier Sera bastant pour enlacer ma teste !

our célébrer des astres dévestus L'heur escoulé dans celle qui me lime, Et pour louer son esprit, qui n'estime Que le divin des divines vertus ,

Kl ses regars, ains traits d'Amour pointus.

Que son bel oeil au fond du cœur m'imprime, lime faudroit , non l'ardeur de ma ryme , Mais la fureur du Masconnois Pontus (a).

Il me faudroit cette chanson divine Qui transforma sur la rive angevine (5) iTOlivc pale en un teint plus naïf.

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