Joachim du Bellay, qui donnoit à sa dame le nom d'Olive
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Premier Livre. 51
Et me faudrait un Des-Autels encore, Et celui-là qui sa Meline adore En vers dorés, le bien disant Baîf {a).
LXXXVÏII.
Estre indigent et donner tout le sien, Se feindre un ris, avoir le cœur en pleinte, Haïr le vray, aimer la chose feinte , Posséder tout et ne jouir de rien ;
Estre délivre et trainer son lien, Estre vaillant et couarder de crainte , Vouloir mourir et vivre par contrainte, Et sans profit despendre tout son bien ;
Avoir tousiours pour un servi! hommage La honte au iront, eh la main le dommage; A ses pensers, d'un courage hautain ,
Ourdir sans cesse une nouvelle trame.
Sont les effets qui logent en mon ame L'espoir douteux et Te tourment certain.
Œil qui portrait dedans les miens reposes Comme un soleil, le dieu de ma clarté;
a, Var. :
// me faudrok une Ijre angevine, EtunDattrat(i), sereine limousine.
Et un Belleau (2), qui, vivant, fut mon bien,
De mesmes mœurs, d*estude et de jeunesse ^ Qui maintenant des morts accroist la presse.
Ayant finy son soir avant le mien.
I. Daurat est un tres-cxcellent poète grec et latin, natif de Limoges, et précepteur de l'autheur. pi«.)
2. Belleau fut mtime amy de nostre autheur, et (fat gouverneur de feu monseigneur le duc d'Elbœuf , prince de la maison de Lonaine. (M.)
52 Amours.
Ris qui , forçant ma douce liberté , Me transformas en cent métamorphoses; Larme d'argent qui mes soupirs arroses
Suand tu languis de me voir mal-traité ; !ain qui mon cœur captives, arresté Parmi ton lys, ton ivoire et tes roses, Je suis tant vostre et tant Taffection M*a peint au vif vostre perfection , Que ny le temps, ny la mort , tant soit forte ,
N'empescheront qu'au profond de mon sein, Tousjours gravez en Tame, je ne porte Un œil, un ris, une larme, une main.
Si seulement l'image de la chose Fait à nos yeux la chose concevoir, Et si mon œil n'a puissance de voir.
Si quelque idole au devant ne s'oppose ,
Que ne m'a fait celuy qui tout compose Les yeux plus grands, à nn de mieux pouvoir En leur crandeur la grandeur recevoir Du simulacre où ma vie est enclose 1
Certes, le Ciel , trop ingrat de son bien , Qui seul la fit et qui seul veid combien De sa beauté divine estoit l'idée ,
Comme jaloux d'un bien si précieux , Silla le monde et m'aveugla les yeux(i) Pour de luy seul seule estre regardée.
XCIH.
Sous le crystal d'une argenteuse rive , .
Au mois d'avril , une perle je vy
1. Luy ferma les yeux. Le mot sîlltr est propre en fau connerie. (M.)