Ainsi Pétrarque, sonnet 193, i
Un lauro verde , si che di colore
Ogni smeraido hauria ben vinto e Stanco.
Piâ^
Premier Livre. (Si
Sont pour racine à ceste Marguerite, Qui ciel et terre emparfume d odeur.
i)ivine fleur où ma vie demeure, La manne tombe et retombe à toute heure Dessus ton front sans cesse nouvelet.
Jamais de to]r la pucelle n'approche , La mouche à miel , ne la faucille croche , Ny les ergots d'un folastre aignelet.
Depuis le jour que le trait ocieux urava ton nom au roc de ma mémoire.
Et que Tardeur qui brilloit en ta gloire Me fit sentir le foudre de tes yeux ,
Mon cœur, atteint d'un éclair rigoreux, Pour éviter ta nouvelle victoire , S'alla cacher dans tes ondes d'yvoire , Et sous l'abri de tes flancs amoureux.
Là ]K>int ou peu soucieux de ma playe , De çà. de là. par tes flots il s'esaye, Puis il se sècne aux rays de ton flambeau ;
Et s'emmurant dedans leur forteresse (a), Seul, pâle et froid, sans retourner me laisse , Comme un esprit qui ftiit de son tombeau.
Le mal est erand, le remède est si bref A ma douleur , qui jamais ne s'alente ^ Que, bas ne haut , des le bout de la plante Je n'ay santé jusqu'au sommet du chef.
L'œil qui tenoit de mes pensers la clef,
a. Variantes :
1 567 : Et m^ quittant pour voir telle déesse. 1 584 : £{ tellement il aime son hôtesse.
K87 : Puis par coustume aimé de son hôtesse.
En lieu de m'estre une estoille drillante Parmy les flots de l'Amour violente, Contre un orgueil a fait rompre ma nef.
Un soin meurtrier, soit que je veille ou songe , Tigre affamé, le cœur ne mange et ronge, Suçant toujours le plus doux de mon sang.
Et le penser importun qui me presse, Et qui jamais en repos ne me laisse.
Comme un vautour me mord toujours au flanc (a).
Amour, si plus ma fièvre se renforce, Si plus ton arc tire pour me blesser.
Avant mes jours j'ai grand'peur de laisser Le verd fardeau de ceste jeune escorce.
Ja de mon cœur je sen moindre la force Se transmuer, pour sa mort avancer.
Devant le feu de mon ardent penser.
Non en bois verd, mais en poudre a'amorce.
Bien fut pour moy le jour malencontreux Quand je humai le breuvage amoureux Qu'à si loncs traits me versoit une œillade.
fortuné si, pour me secourir, Dés le jour mesme Amour m'eust fait mourir, Sans me tenir si longuement malade 1
ex.
Si doucement le souvenir me tente De la mielleuse et fielleuse saison Où je perdi la loi de ma raison , Qu'autre douleur ma peine ne contente.
Je ne veux point en la playe de tante
a. Var. :
Comme un mastin eschappi de sa laisse Mange ma vie, et se noie en mon sang.
Premier Livre. 6^
Qu'Amour me fit pour avoir guerison^ Et ne veux point qu'on m'ouvre la prison Pour affranchir autre part mon attente.
Plus que la mort je fuy la liberté, Tant j'ay grand' peur de me voir escarté Du doux lien qui doucement m'offense;
Et m'est honneur de me voir martyrer, Sous un espoir quelquefois de tirer Un seul baiser pour toute recompense.
CXI(i).
Heureux le jour, l'an, le mois et la place, L'heure et le temps où vos yeux m^ont tué , Sinon tué, à tout le moins mué.
Comme Méduse, en une froide glace !
Il est bien vray que le trait oe ma face Me reste encor', mais l'esprit délié.
Pour vivre en vous a son corps oublié, N'estant plus rien sans esprit qu'une masse.
Aucunefois , quand vous tournez un peu Vos yeux sur moy, je sens un petit feu Qm me r'anime et réchauffe les veines,
jEt fait au froid quelque petit effort; Mais vos regars n'allongent que mes peines , Tant le premier fut cause de ma mort !
cxn.
mour -archer d'une tirade ront Cent traits sur moy, et si ne me conforte D'un seul regard celle pour qui je porte Le cœur aux yeux, les pensers sur le front.
D'un soleil part la glace qui me fond.
Et m'esbahis que ma froideur n'est morte
I . L'invention est de Pétrarque , sonnet 47^ i . B«nedetto sia'l giorno , e'I mese » e'I «noo, etc.
64 Amours.
Au feu d'un œil qui d'une flamme forte Me fait au cœur un ulcère profond.
En tel estât je voy languir ma vie , Qu'aux plus chetifs ma langueur porte envie , Tant le mal croist, et le cœur me défaut.
Mais la douleur qui plus comble mon ame De desespoir, c'est qu'Amour et ma dame Sçavent mon mal , et si ne leur en chaut.
CXIII(i).
Je vey ma nymphe entre cent damoiselles , Comme un croissant par les menus flambeaux , Et de ses yeux, plus que les astres beaux, Faire obscurcir la beauté des plus belles.
Dedans son sein les grâces immortelles, La Gaillardise et les Frères jumeaux Alloient volant , comme petits oyseaux Parmy le verd des brancnes plus nouvelles.
Le Ciel ravy, qui si belle la voit.
Roses et liz et guirlandes pleuvoit Tout au rond d elle au milieu de la place
Si qu'en despit de l'hyver froidureux , Par la vertu de ses yeux amoureux Un beau printemps s'engendra de sa face.
CXIIH.
Plus mille fois que nul or terrien, J'aime ce front où mon Tyran se joue, Et je vermeil de ceste belle joue , Qui fait honteux le pourpre tyrien.
Toutes beautez à mes yeux ne sont rien Au prix du sein qui lentement secoue Son gorgerin , sous qui per à per noue
I . Le premier couplet est semblable au premier du sonnet 183, I, de Pétrarque.
Premier Livre. 65
Le branle égal d'un flot crtlierien.
Ne plus ne noms que Jupiter est aise Quaud de son luth quelque Muse Tappaise, Ainsi je suis de ses chansons épris
Lors qu'à son luth ses doigts elle embesongne, Et qu'elle dit le branle de Bourgongne, Qu'elle disoit le jour que je fus pris.
Celle qui est de mes yeux adorée, Qui me fait vivre entre mille trespas, Chassant un cerf, suivoit hier mes pas, Ainsi qu'Adon Cyprioe la dorée ;
Quand une ronce, en vain énamourée, Ainsi que raoy, du vermeil de ses bras, En les baisant luy fit couler à bas Une liqueur de pourpre colorée.
La terre adonc, qui soigneuse receut Ce sang divin, tout sus l'heure conceut, Pareille au sang, une rouge fleurette;
Et, tout ainsi que d'Helene naquit La fleur oui d'elle un beau surnom acquit, Du nom Cassandre elle eut nom Cassandrette.
Sur mes vingt ans. purd'ofTense et de vice, Guidé mal-caut a'un trop aveugle oiseau.
Ayant encor le menton damoiseau, Sain et caillard , je vins à ton service.
Ores forcé de ta tongue malice.
Je m'en retourne avec une autre peau , En chef gnson , en perte de mon beau ; Et pour t'aimer il faut que je périsse.
Helasl que dis-je? ou veux-je retourner?
En autre part je ne puis séjourner, Ni vivre ailleurs, ni d'autre amour me paistre
Demeuro|is donc dans le camp fortement^ Ronsard, — I. f
66 Amours.
Et puis qu'au moins vainqueur je ne puis estre , Que l'arme au poing je meure honnestement(â).
Franc de travail une heure je n'ay peu Vivre depuis que les veux de ma dame Mielleusement versèrent aans mon ame Le doux venin dont mon cœur fut repeu.
Ma chère neige et mon cher et doux feu , Voyez comment je m'englace et m'enflame; Comme la cire aux rayons d'une flame Je me consume, et vous en chaut bien peu.
Bien il est vrai que ma vie est heureuse De s'écouler doucement langoureuse Dessous vostre œil, qui jour et nuict me poind;
Mais si faut^il qat vostre bonté pense Que l'amitié d'amitié se compense , Et qu'un amour sans frère ne croist point.
D'amour ministre et de persévérance , Qui jusqu'au fond l'ame peux esmouvoir, Et quiles yeux d'un aveugle sçavoir, Et qui les cœurs voiles d'une ignorance ;
a. Variantes (1567) :
Tels sont d'amour les jeux et l'exercice.
Demeurons donc, combattant fortement; Puisque vainqueur de toi je ne puis estre, Que dans le camp je meure honnestement, ^i 584) : HelasI que dy-je? oà veux-je m'en aller? D'un autre bien je ne me puis soûler.
Comme la caille. Amour, tu me fais estre.
Qui d'un poison s'engraisse et se repaist.
D'un autre bien je ne me veux repaistre, Ny vivre ailleurs , tant ta poison meplaist.
Premier Livre. 67
Va-t'en ailleurs chercher ta demeurance, Va-t'en ailleurs quelque autre décevoir; Je ne veux plus chez moy te recevoir, Mal-encontreuse et maudite Espérance.
Quand Jupiter, ce lâche criminel , Teignit ses mains dans le sang paternel , Dérobant Tor de la terre où nous sommes,
11 te laissa (comme un monstre nouveau) Croupir au fond du pandorin vaisseau , Pour enfieller le plus doux miel des hommes.
'ranc de raison , esclave de fureur.
Je vay chassant une fere sauvage, Or' sur un mont, or' le long d'un rivage , Or' dans le bois de jeunesse et d'erreur.
J'ay pour ma laisse un long trait de malheur, J'ay pour limier un trop ardent courage, J'ay pour mes chiens l'ardeur et le jeune Âge, J'ay pour piqueurs l'espoir et la douleur.
Mais eux , voyans que plus elle est chassée , Loin, loin, devant plus s'enfuit élancée, Tournant sur moi leur rigoureux effort,
Comme mastins aifamés de repaistre, A longs morceaux se paissent de leur maistrr, Et sans mercy me traînent à la mort {a).
Le ciel ne veut, Dame, que je jouisse De ce doux bien que aessert mon devoir ; Aussi ne veux-je et ne me plaist d'avoir
a, Var. :
Plus fuit devant d'une course eslancée, Quittent leur proye, et, rebrossant vers moy, De ma chair propre osent bien leur repaistre :
68 Amours.
Sinon du mal en vous faisant service.
Puis qu'il vous plaist que pour vous je languisse, Je suis heureux, et ne puis recevoir Plus grand honneur qu'en mourant de pouvoir Faire à vos yeux de mon cœur sacrifice:
Donc , si ma main maugré-moy quelquefois De Tamour chaste outrepasse les loix , Dans vostre sein cherchant ce qui m'embraise ,
Punissez-la du foudre de vos yeux, Et la brûlez, car j'aime beaucoup mieux Vivre sans main que ma main vous desplaise.
Bien que six ans soient ja coulez arrière Depuis le jour que l'homicide trait Au fond du cœur m engrava le portrait D'une humble-fiere et fiere-humble guerrière,
Si suis-je heureux d'avoir veu la lumière En ces ans tards en-noblis du portrait De sa beauté , qui les Grâces attrait Par une crâce aux Grâces coustumiere.
Le seul avril de son jeune printems En-dore, em-pcrle, en-frange nostre temps, Qui n'a sceu voir les beautés de ma belle,
Ny la vertu qui foisonne en ses yeux.
Seul je l'ay veue ; aussi je meurs pour elle , Et plus grand heur ne m'ont donné les cieux.
Si ce grand dieu, le père de la lyre.
Qui va bornant aux Indes son réveil .
Ains qui d'un œil mal-appris au sommeil Deçà, delà, toutes choses remire.
C'est grand pitié {à mon dam je U voy) Quaiâ les valets commandent à leur maistre.
Premier Livre. 69
Lamente encor pour le bien où j'aspire, Ne suis-je heureux, puis que le trait pareil,
Sui d'outre en outre entama le Soleil, [on cœur entame à semblable martyre?
Dea ! que mon mal contente mon plaisir.
D'avoir osé pour compagnon choisir Un si grand dieu I Ainsi par la campagne
Le bœuf courbé dessous le joug pesant, Traine le faix plus léger et plaisant, Quand son travail d'un autre s'accompagne.
CXXÏH.
e petit chien qui ma maistresse suit, Et qui jappant ne reco^noist personne, Et cest oyseau qui mes plamtes resonne , Au mois a'ayrii souspirant toute nuit ;
Et cette pierre où, quand le chaud s'enfuît, Seule à part soi pensive s'arï-aisonne, Et ce jardin où son poulce moissonne Toutes les fleurs que Zephyre produit ;
Et ceste dance où la neche cruelle M'outre-perça, et la saison nouvelle («) Qui tous les ans rafraichit mes douleurs.
Et son œillade et sa parole sainte ^ Et dans le cœur sa c^râce que j'ai pemte, Baignent mon sein de deux ruisseaux de pleurs.