‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 50 sur 227 · CXXXII · texte numérisé non relu

CXXXII

Douce beauté meurdriere de ma vie, En lieu d'un cœur tu portes un rocher ; Tu me fais vif languir et dessécher.

Passionné d'une amoureuse envie.

Le jeune sang qui d'aimer te convie , N'a peu de toy la froideur arracher.

Farouche , iière, et qui n'as rien plus cher Que languir froide et n'estre point servie.

Apprens à vivre , ô fiere en cruauté ; Ne garde point à Pluton ta beauté; Tes passetemps en aimant il faut prendre.

Le seul plaisir peut tromper le trespas :

Car, aussi tien , quand nous serons là-bas, Sans plus aimer, nous ne serons que cendre.

STANCES(i).

Çj uand au temple nous serons ^V^ Agenouillez , nous ferons Lesdêvots, selon la guise De ceux qui pour louer Dieu , Humbles, se courbent au lieu Le plus secret de l'église.

I. Ceste chanson n'appartient en rien i Gassandre. En I {60 , elle est dans le volume des Odes. (M.)

Premier Livre. 75

Mais , quand au lict nous serons Entrelassez, nous ferons Les lascifs, selon les guises Des amans, oui librement Pratiquent folastrement Dans les draps cent mignardises.

Pourquoy doncque, quand je veux Ou morare tes beaux cheveux, Ou baiser ta bouche aimée , Ou toucher à ton beau sein , Contrefais-tu la nonnain

Dedans un cloistre enfermée?

Pour qui eardes-tu tes yeux

Et ton sein délicieux ,

Ta joue et ta bouche belle ?

En veux-tu baiser Pluton

Là-bas , après que Charon

T'aura mise en sa nacelle ?

Après ton dernier trespas ,

Grcsle, tu n'auras là-bas

Qu'une bouchette blesmie.

Et quand, mort, je te verrais,

Aux ombres je n'avou'rois

Que jadis tu fus m'amie.

Ton test n'aura plus de peau,

Ny ton visage si beau

N aura veines ny artères ;

Tu n'auras plus que des dents

Telles qu'on les void dedans

Les testes des cimeteres.

Doncques^ tandis que tu vis,

Change, maistresse, d'advis.

Et ne m'espargne ta bouche ;

Incontinent tu mourras :

Lors tu te repentiras

De m'avoir esté farouche.

Ahî je meurs! ah! baise-moy'

Ah ! maistresse approche toy »

76 Amours.

Tu fuis comme fan qui tremble ; Au moins souffre que ma main S'esbate un peu dans ton sein , Ou plus bas, si bon te semble.

Ce ne sont qu'haims , qu'amorces et qu'appas De son bel œil qui m'alléche en sa nasse , Soit quelle rie , ou soit au'elle compassé Au son du luth le nomorede ses pas.

Une minuit tant de flambeaux n a pas, Ny tant de sable en Euripe ne passe , Que de beautez embellissent sa grâce , Pour qui j'endure un millier de trespas.

Mais le tourment qui moissonne ma vie Est si plaisant que je n'ay point envie De m'esloigner de sa douce langueur.

Ainsface Amour aue mort encore j'aye L'aigre douceur de 1 amoureuse playe Que vif je porte au plus beau de mon cœur.

Œil qui mes pleurs de tes rayons essuyé , Sourcil , mais ciel des autres le greigneur, Front estoilé , trophée à mon seigneur, • Où son carquois et son arc il estuye ;

Gorge de marbre où la beauté s'appuye , Col albastrin emperlé de bonheur, Tetin d'y voire ou se niche l'honneur.

Sein dont l'espoir mes travaux désennuyé;

Vous avez tant apasté mon désir.

Que, pour saouler ma faim et mon plaisir, Et nuit et jour il faut que je vous voye ,

Comme un oyseau qui ne peut séjourner, Sans revoler, tourner et retourner Aux bords connus pour y trouver sa proye.

Premier Livre. 77

Hausse ton vol, et, d'une aisle bien ample Forçant des vents Taudace et le pouvoir, Fay, Denisot, tes plumes émouvoir jusques au ciel , où les Dieux ont leur temple.

Là, d'œil d'Arcus leurs déités contemple , Contemple aussi leur grâce et leur savoir, Et, pour ma dame au parfait concevoir.

Sur les plus beaux fantastique (0 un exemple.

Moissonne après le teint de mille fleurs Et les détrempe en l'argent de mes pleurs , Que tièdement hors de mon chef je rue.

l^uis, attachant ton esprit et tes yeux Droit au patron desrobé sur les Dieux, Pein, Denisot, la beauté qui me tue.

Ville de Blois (2), naissance de ma damé , Séjour des Roys et de ma volonté, Où je fus pris, où je fus surmonté, Par un œil brun qui m'outre-perce l'ame , Chez toy je pris ceste première flame.

Chez toy (appris que peut la cruauté.

Chez toy je vey ceste fiere beauté Dont la mémoire encores me r'enflame(â).

Se loge Amour en tes murs à jamais,

ai Var. :

Sur U fias haut de sa divine fiame, Pris de l honneur f en grave majesté, Reverement se sied la chasteté, Qui tout bon cœur de ses vertui enflame.

1. Feins à ta fantasie. Fantastique est icy verbe, comme souvent folastre est verbe en nostre autheur. (M.)

2. On peut conjecturer par ce sonnet que sa dame est de Blois. (M.)

78 Amours.

Et son carquois, et son arc et ses traits Pendent en toy, comme autel de sa gloire ; Puisse -il tousjours sous ses ailes couver Ton chef royal , et , nud , tousjours laver Le sien crespu dans l'argent de ton Loire.

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