‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 51 sur 227 · CXXXVII · texte numérisé non relu

CXXXVII

Heureuse fiit Testoille fortunée Qui d'un bon œil ma maistresse apperceut ; Heureux le bers et la main qui la sceut Emmailloter le jour qu'elle tut née !

Heureuse fut la mammelle en-mannée De qui le laict premier elle receut , Et bien-heureux le ventre qui conceut Si grand' beauté de si grands dons ornée !

Heureux les champs qui eurent cest honneur De la voir naistre, et de qui le bon-heur L'Inde et l'Egypte heureusement excelle!

Heureux le nts dont grosse elle sera, Mais plus heureux celuy qui la fera Et femme et mère, en lieu d'une pucelle!

CXXXVÏIL

L'astre ascendant sous qui je pris naissance De son regard ne maistrisoit les cieux ?uand je nasquis : il estoit dans tes yeux, iîturs tyrans de mon obéissance.

Mon tout , mon bien , mon heur, ma cognoissance , Vint de ton œil : car. pour nous lier mieux, Tant nous unit son feu presagieux , Que de nous deux il ne iit qu'une essence.

£ln toy je suis et tu es dedans moy, En moy tu vis et je vis dedans toy ; .

I. Ce sonnet est presque semblable au 142 de Pétrarque, bien qu'il soit pris à sens contraire. (M.)

Premier Livre. 79

Ainsi nos touts ne font qu'un petit monde.

Sans vivre en toi je tomberais là bas :

La pyrali(ie(i) en ce poinct ne vit pas Perdant sa Q^unme, et le dauphin son onde (2).

De ton poil d'or en tresses blondissant Amour ourdit de son arc la fiscelle ; Il me tira de ta vive estincelle Le doux fier trait qui me tient lan^issant.

Du premier coup j'eusse été périssant, Sans l'autre coup d'une flèche nouvelle Qui mon ulcère en santé renouvelle , Et par son coup le coup va guarissant.

Ainsi jadis, sur la poudre troyenne, ' Du soudart grec la hache Pelienne(3) Du Mysien mit la douleur à fin ;

Ainsi le trait de ton bel oeil me rue , D'un mesme coup me fi[uarit et me tue.

Hé I quelle Parque a filé mon destin ?

Ce ris plus doux que l'œuvre d'une abeille, Ces ooubles lys doublement argentez, Ces diamans à double rang plantez Dans le corail de sa bouche vermeille ;

Ce doux parler qui les mourans réveille , Ce chant qui tient mes soucis enchantez,

1 . Pyralides sont petites bestes volantes , qui ont quatre pieds , et se trouvent en Tisle de Cyprès , ayans telle nature qu'elles vivent dans le feu , et meurent dés qu'elles s'en esloignentun peu trop. (Pline, en Tonziesme livre.) (M.)

2. Les dauphins meurent dés qu'ils touchent la terre. (Plme, au neufviesme livre.) (M.)

3. La hache d'Achille, fils de Pelée , guérissoit les blessures qu'elle avoit faites.

8o Amours.

Et ces deux cieux(i) sur deux astres (2) entez, De ma déesse annoncent la merveille.

Du beau jardin de son printemps riant Sort un parfum qui mesme POrient Embasmeroit de ses douces haleines;

Et de là sort le charme d'une vois Qui tout ravis fait sauteler les bois , Franer(0 les monts et montagner(4) les plaines.

CXLI(i572).

Javois Tesprit tout morne et tout pesant , Quand je receu du lieu qui me tourmente La pomme d'or($)^ comme moy jaunissante Du mesme mal qui nous est si plaisant.

Les pommes sont de PAmour le présent :

Tu le sçais bien^ 6 guerrière Atalante, Et Cydippé , qui encor se lamente D'elle et d'Aconce et d'Amour si nuisant.

Les pommes sont de TAmour le vray signe.

Heureux celuy qui de tel bien est digne I Tousjours Venus a des pommes au sein.

Depuis Adam désireux nous en sommes , Tousjours la Grâce en a dedans la main , Et, bref, TAmour n'est qu'un beau jeu de pommes.

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