CLXI
Saincte Gastine, heureuse secrétaire De mes ennuis , qui respons en ton bois , Ores en haute, ores en basse voix.
Aux longs souspirs que mon cœur ne peut taire ;
Loir, qui refreins la course volontaire Du plus courant de tes flots vendomois Quand accuser ceste beauté tu m'ois.
De qui tousjours je m'affame et m'altère ;
Si dextrement l'ausure j'ay receu , Et si mon œil ne fut hier deceu Des doux regards de ma douce Thalie ,
Dorénavant poète me ferez , Et par la France appelez vous seriez L'un mon Laurier, l'autre ma Castalie.
CLXH.
Encependant que tu frapes au but De la vertu, qui n'a point sa seconde , Et qu'à longs traits tu t'enyvres de l'onde Que l'Ascrean ( « ) entre les Muses but, Icy, Baif, où le mont de Sabut
a. Var. :
Pour qui je vy, à qui seule je sais.
En luy plaisant je cherche à me desplaire:
Je l'aime tant qu'aimer je ne me puis.
i. Hésiode.
94 Amours.
Charge dç vins son espaule féconde,
Pensif je voy la fuite vagabonde
Du Loir qui traine à la mer son tribut.
Ores un antre, or un désert sauvage, Ores me plaist le secret d'un rivage , Pour essayer de tromper mon ennuy.
Mais quelque horreur de forest qui me tienne, Faire ne puis qu'amour toujours ne vienne Parlant à moy, et moy toujours à luy.
Çj uel bien auray-je après avoir esté ^\L Si lonçuement prive des yeux de celle Qui le Soleil de leur vive estincelle Rendroit honteux au plus beau jour d*esté ?
Et quel plaisir, voyant le Ciel voûté De ce beau front qui les beautez recelle , Et ce col blanc qui de blancheur excelle Un mont de laict sus le jonc cailloté?
Comme du Grec la troupe errante et sote , Affriandée aux douceurs de la lote ( i ) , Sans plus partir vouloit là séjourner.
Ainsi j'ay peur que ma trop friande âme, Raffriandée aux douceurs de ma dame.
Ne veuille plus dedans moi retourner.
Puis aue je n'ay, pour faire ma retraitte Du labyrinth qui me va séduisant , Comme Thésée , un filet conduisant Mes pas douteux par les erreurs de Crète ,
I . La lote , arbre en Afrique , portant un si doux fruict, que les gens du ptys sont nommez Lotophages, c'est-à-dire mangeurs de lote. Ainsi qu'Ulysse passoit par là, ses gens , ayans gousté de ce fruia , ne vouloient plus retourner en leur pays. Voy. le neufiesme de l'Odyssée. (M.)
Premier Livre. 95
Eussé-je au moins une poitrine faite ( 1 ) Ou de crystal ou de verre luisant 1 Lors tu serois dedans mon cœur lisant De ({uelle foy mon amour est parfaite.
Si tu sçavois de quelle affection Je suis captif de ta perfection , La mort seroit un confort à ma plainte,
Et lors peut-estre, éprise de pitié^ Tu pousserois sur ma despoûille esteinte Quelque souspir de tardive amitié.
CLXV(a).
Ha ! Bei-Acueil, que ta douce parole Vint traistrement ma jeunesse offenser Quand au premier tu la menas danser Dans le verser l'amoureuse carolle!
Amour aofonc me mit à son escolle , Ayant pour maistre un peu-sage penser, Qui dés le jour me mena commencer Le chapelet de la dance plus folle.
Depuis cinq ans dedans ce beau verger Je vay balant avecaue Faux-Danser.
Sous la chanson d'Àllegez-moi , Maoame ()}.
Le tabourin se nomme Fol-Plaisir ; La flûte, Erreur; le rebec, Vain- Désir; Et les cinq pas, la Perte de mon âme (a).
a. Var. :
Tenant la main d'une dame trop caute.
Je ne suis seul par Amour abusé ; A ma jeunesse il faut donner la faute :
En cheveux gris je seray plus rusé.