‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 63 sur 227 · Vieille chanson, rajeunie par Cl. Marrot · texte numérisé non relu

Vieille chanson, rajeunie par Cl. Marrot

9^ Amours.

Tousjours des bois la cyme n'est chargée Sous les toisons d'un Hyver éternel; Toujours des Dieux le foudre criminel Ne darde en bas sa menace enragée ;

Tousjours les vents, tousjours la mer Egée Ne gronde pas d'un orage cruel; Mais de la dent d'un soin continuel Tousjours , toujours , ma vie est outragée.

Plus je me force à le vouloir tuer, Plus il renaist pour mieux s'évertuer De féconder une guerre à raoy-mesme.

fort Thebain ( « ), si ta serve vertu Avoit encor ce monstre combatu Ce seroit bien de tes faits le treziesme.

Je veux brusler, pour m'en-voler aux Cieux, Tout l'imparfait de ceste escorce humaine, M'éternisant comme le fils d'Alcmeine, Qui tout en feu s'assit entre les Dieux.

ja mon esprit, chatouillé de son mieux.

Dedans ma chair rebelle se promeine, Et ja le bois de sa victime ameine Pour s'enflammer aux rayons de tes yeux.

saint brasier! 6 feu chastement beau!

Las ! brule moi d'un si chaste flambeau, Qu'abandonnant ma dépouille connue.

Net, libre et nud (a), je vole d'un plein saut

a. Var. :

saint brazierî ôflamc entretenue D'un feu divin ! avienne aue ton chaud Brusle si bien ma dépouille connue.

Que libre et nud..,

i. Hercule.

Premier Livre. 97

Jusques au Ciel, pour adorer là haut L'autre beauté dont la tienne est venue!

CLXVIII(i).

Ce fol penser, pour s'en-voler trop haut Après le bien oue hautain je désire , S'est emplumé d'ailes jointes de cire, Propres à fondre aux rais du premier chaud.

Luy fait oyseau. dispost, de saut en saut Poursuit en vain 1 object de son martyre ; Et toy, qui peux et luy dois contredire, Tu le vois bien . Raison , et ne t'en chaut.

Sous la clarté d'une estoille si belle.

Cesse, Penser, de hazarder ton aile, Ains que te voir en bruslant desplumer :

Car, pour esteindre une ardeur si cuisante, L'eau de mes yeux ne seroit suffisante , Ni suffîsans tous les flots de la mer.

Or' que le Ciel, or' que la terre est pleine De elas , de s-esle esparse en tous endrois, Et que l'horreur des plus froidureux mois Fait hérisser les cheveux de la plaine ;

Or' que le vent , qui mutin se promeine , Rompt les rochers et desplante les bois , Et que la mer, redoublant ses abois , Contre les bords sa plus erand' rage ameine.

Amour me brusle , et 1 hy ver froidureux,

8ui gelé tout, de mon feu chaleureux c gele point l'ardeur, qui tousjours dure.

Voyez, amans, conime je suis traité !

1 . Allusion à la fable de Dédale , à rimitation d'un sonnet de l'Arioste, qui se commence :

Nel mio pensier (M.)

Ronsard, — I, 7

98 Amours.

Je meurs de froid au plus chaud de Testé, Et de chaleur au cœur de la froidure.

Je ne suis point, Muses, accoustumé Voir vostre bal sous la tarde serée ; Je n^ay point beu dedans Tonde sacrée.

Fille du pied du cheval emplumé.

De tes beaux rais chastement allumé , Je fu poète; et si ma voix recrée, Et si ma lyre aucunement agrée , Ton œil en soit , non Parnasse, estimé.

Certes, le Cie! te devoit à la France Quand le Thuscan (>) et Sorgue(2), et sa Florence Et son laurier ()} engrava dans les Cieux.

Ore trop tard , beauté plus cjue divine , Tu vois nostre â^e, helas! qui n'est pas digne Tant seulement ae parler de tes yeux.

IVJ V les desdains d'une nymphe si belle , 1 ^ Ny le plaisir de me fondre en langueur, Ny la nerté de sa douce rigueur, Ny contre Amour sa chasteté rebelle,

Ny le penser de trop penser en elle, Ny de mes yeux la fatale liqueur, Ny mes souspirs, messagers de mon cœur, Ny de ma flamme une ardeur éternelle,

Ny le désir qui me lime et me mord, Ny voir escrite en ma face la mort, Ny les erreurs d'une longue complainte ,

Ne briseront mon cœur de diamant Que sa beauté n'y soit tousjours emprainte :

ccBelle fin fait qui meurt en bien aimant. »

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