‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 69 sur 227 · CXC · texte numérisé non relu

CXC

Au plus profond de ma poitrine morte Sans me tuer une main je reçoy, Sui , me pillant , entraine avecques soy x>n cœur captif, que, maistresse, elle emporte. Coustume inique et de mauvaise sorte, Malencontreuse et misérable loy , Tant â grand tort , tant tu es contre moy, Loy sans raison misérablement forte.

Faut-il que, veuf, seul entre mille ennuis', Mon lict désert je couve tant de nuits ? Ha 1 que je porte et de hayne et d'envie

A ce Vulcan ingrat et sans pitié ^ Qui , s'opposant aux rays de ma moitié, Fait éclipser le soleil de ma vie.

Ren-moymon cœur, ren-moy mon cœur, pillarde, Que tu retiens dans ton sein arresté ; Ren-moy. ren-moy ma douce liberté, Qu'à tes beaux yeux, mal-caut, je mis en garde;

Ren-moy ma vie , ou bien la mort retarde , Qui me devance en aimant ta beauté , Par ne sçay quelle honnestc cruauté , Et déplus près mes angoisses regarde.

Si (T un trespas tu payes ma langueur.

L'âge à venir, maugréant ta rigueur.

Dira sus toy : De ceste fiere amie

Puissent les oz reposer durement ,

8ui de ses yeux occit cruellement il qui Tavoit plus chère que sa vie {a) I

a. Var. :

La terre soit à son corps ennemie,

Et vif et mort soit tous jours en tourment !

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