CLXXXVII
Les flots jumeaux de laict bien espoissi Vont et revont par leur blancne valée, Comme à son bord la marine salée , Qui lente va, lente revient aussi.
Une distance entr'eux se fait, ainsi Qu'entre deux monts une sente égalée , En tous endroits de neige dévalée, Sous un hiver doucement adouci.
Là deux rubis haut eslevés rougissent , Dont les rayons cet yvoire finissent De toutes parts uniment arondis ;
Là tout honneur, là toute grâce abonde, Et la beauté, si quelqu'une est au monde ^ Vole au séjour de ce beau paradis.
CLXXXVIIL
auelle langueur ce beau front des-honore ?
Quel voile obscur embrunit ce flambeau ?
Quelle palleur dépourpre ce sein beau,
Premier Livre. 107
Qui pair à pair combat avec l'Aurore ?
L)icu médecin (>), si en toy vit encore L*antique feu du Thessale arbrisseau (>), Las ! prends pitié de ce teint damoiseau , Et son lys pasle en œillets recolore.
Et toy, Barbu (0) fidelle gardien Des Rhagusins , peuple Epidaurien , Déflamme aussi le tizon de ma vie ;
S'il vit je vy, s'il meurt je ne suis riens , Car tant son ame à la mienne est unie , Que ses destins seront suivis des miens.
Du bord d'Espagne où le jour se limite Jusques à l'Inde, il ne croist point de fleur Qui de beauté , de grâce et de valeur Puisse combattre au teint de Marguerite.
Si riche gemme en Orient eslite Comme est son lustre affiné de bon-heur N'emperla point de la conche l'honneur Où s'apparut Venus encor' petite.
Le pourpre esclos du sang Adonien (4) , Le triste Ai Ai du Telamonien(0, Ny des Indois la gemmeuse largesse,
Ny tous les biens d'un rivage estranger, A leurs trésors ne sçauroient eschanger Le moindre honneur de sa double richesse (6).