VIT
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ii6 . Amours.
Gela mes sens , mes poumons et ma voix ; Et cependant le cœur. ils me pillèrent {a).
'homme est vraiment ou de plomb ou de bois S'il ne tressaut de crainte et de merveille
Quand face à face il void ma non-<*pareille, Ou quand il oyt les aocords de sa voix ; •
Ou quand, pensive, aux jours des plus beaux mois, La voit à part (comme un qui se conseille) Tracer les prés , et d'une main vermeille Tirer de rang les fleurettes de choix (^);
Ou quand , Testé , lorsque le chaud s'avale , Au soir, à Thuys il la void qu'elle égale La soye à l'or d'un pouce ingénieux ;
Puis de ses doits, oui les roses effacent, Toucher son luth , et d'un tour de ses yeux Piller les cœurs de mille hommes qui passent.
vec les fleurs et les boutons esclos
Le beau printemps fait printaner ma peine
Dans chaque nerf et aedans chaque veine
Soufflant un feu qui m'ard jusques à l'os.
Le marinier ne compte tant de flos
a. Var. :
Prindrent mon cauren leur ret, ^ai m'affole.
Je levy bien, mais je ne pens crier, Tant m effroy ma langue vint lier.
Glaçant a un coup mon cœur et ma parolU.
h, Var. :
Amour tout seul seulette la conseille Par les jardins, et d'une fleur vermeille Fait un bouquet trié de ses beaux doits.
io8 Amours.
cxc(o.
Au plus profond de ma poitrine morte Sans me tuer une main je reçoy, Sui , me pillant , entraine avecques soy m cœur captif, que, maistresse, elle emporte. Coustume inique et de mauvaise sorte , Malencontreuse et misérable loy , Tant à grand tort , tant tu es contre moy, Loy sans raison misérablement forte.
Faut-il que, veuf, seul entre mille ennuis^ Mon lict désert je couve tant de nuits ?
Ha I que je porte et de hayne et d'envie A ce Vulcan ingrat et sans pitié ^
?ui , s'opposant aux rays de ma moitié , ait éclipser le soleil de ma vie.
Ren-moymon cœur, ren-moy mon cœur, pillarde, Que tu retiens dans ton sein arresté ; Ren-moy. ren-moy ma douce liberté.
Qu'à tes oeaux yeux, mal-caut, je mis en garde;
Ren-moy ma vie , ou bien la mort retarde , Qui me devance en aimant ta beauté , Par ne sçay quelle honneste cruauté , Et déplus prés mes angoisses regarde.
Si a 'un trespas tu payes ma langueur.
L'âge à venir, maugréant ta rigueur, Dira sus toy : De ceste iiere amie
Puissent les oz reposer durement , Oui de ses yeux occit cruellement Un qui l'avoit plus chère que sa vie {a) 1
a. Var. :
La terre soit à son corps ennemie,
Et vif et mort soit tous jours en tourment !