I. Vulcan, mary de Venus, estoit un jaloux. Ce sonnet
Premier Livre. 109
Ç\ uand le grand œil dans les Jumeaux amve, ^V^Un jour plus doux serene l'univers, D'espics crestez ondoyent les champs vers, Et de couleurs se peinture la rive.
Mais quand sa fuite , obliquement tardive , Par le sentier qui roulle de travers , Atteint TArcher, un changement divers De jour, d'espics et de couleurs les prive.
Ainsi, quand Pœil de ma déesse luit Dedans mon cœur, en mon cœur se produit Maint beau penser qui me donne asseurance ;
Mais aussi tost que mon rayon s'enfuit, De mon printemps il avorte le fruit , Et , sans meurir, tranche mon espérance.
Fauche, garçon, d'une main pilleresse.
Le bel esmail (a) de la verte saison , Puis à plein poing en-jonche la maison Des fleurs qu avril enfante en sa jeunesse.
Despen du croc ma lyre chanteresse :
Je veux charmer, si je puis, la poison Dont un bel œil enchanta ma raison Par la vertu d'une œillade maistresse.
Donne-moy l'encre et le papier aussi :
En cent papiers , tesmoins de mon soucy,
a Var. :
Page, suy-moj par l'herbe plus espesse; Fauche Vesmail.
n'appartient point à Cassandre , non plus que d'autres qui sont en ce livre. (M.)
iio Amours.
Je veux tracer la peine aue j'endure;
En cent papiers plus aurs que diamant^ Afin Qu'un lour nostre race future Juge au mai que je souffre en aimant.
Mon Dieu , que j'aime à baiser les beaux yeux De ma maistresse y et à tordre en ma bouche De ses cheveux l'or fin qui s'escarmouche Si gayement dessus deux petits cieux !
C'est, à mon gré, ce qui lui sied le mieux , Que ce bel œil , qui jusau au cœur me touche , ëT ce beau poil , qui d un Scythe farouche Prendroit le cœur en ses plis gracieux.
Ses longs cheveux , et ses sourcis encore , De leurs beautez font vergongner l'Aurore, Quand plus crineuse elle embellit le ciel ,
lEt dans cet œil je ne sais quoi demeure Qui me peut faire en amour à toute heure Le sucre fiel et le riagas miel {a).
Les vers d'Homère entre-leuz d'aventure, Soit par destin , par rencontre ou par sort,
a. Var. :
Quand au matin elle embellit le jour.
Dedans son ail une vertu demeure , Qui va jurant par les flïches d* amour De me guérir; mais je ne m'en asseure. 1 584.
2e Var. :
En son ail vole une image vestue D'aile et de traits : je croj que c'est Amour, Je le cognois, il me blesse, il me tue. 1 587.
Premier Livre. m
En ma faveur chantent tous d'un accord La guerison du tourment que j'endure.
Ces vieux barbus qui la chose future Des traits , des mains , du visage et du port Vont prédisant , annoncent reconfort Aux passions de ma peine si dure.
Mesmes la nuict , le somme qui vous met Douce en mon lict , augure , me promet Que je verray vos fiertez adoucies ,
clt que vous seule, oracle de TAmour, Verifirez dans mes bras , quelque jour, L'arrest fatal de tant de prophéties.
Un sot Vulcan ma Cyprine faschoit , Et elle à part, qui son courroux ne celle , L'un de ses yeux arma d'une estincelle , De l'autre un lac sur sa joue épanchoit.
Tandis Amour, oui, petit, se cachoit Folastrement dans le sem de la belle , En l'œil humide alloit baignant son aile.
Puis, en l'ardant , ses plumes il sechoit.
Ainsi void-on quelquefois en un temps Rire et pleurer le soleil du printemps.
Quand une nue à demi le traverse.
L.'un dans les miens darda tant de liqueur, Et l'autre, après, tant de flames au cœur.
Que fleurs et feux depuis l'heure je verse {a).
a. Var. :
Ainsi void-on d'une face diverse Rire et pleurer tout en un mesme temps Douteusement le soleil du printemps, Quand une nue à demi le traverse.
Quel dueil ensemble et quel plaisir c'estoit
112 Amours.
Mon Dieu ! quel dueil et quelles larmes feintes, Et quels souspirs ma Dame alloit formant, Et quels sanglots, alors que le tourment D*un teint de mort ses craces avoit peintes !
Croizant ses mains à Testomach estreintes, Fichoit au ciel son regard lentement.
Et, triste, à part pleuroit si tristement.
Que les rochers se brisoient de ses pleintes.
Les cieux, fermez aux cris de sa douleur, Changeant de front, de grâce et de couleur, Par sympathie en aevindrent malades.
Tous renfrongnés, les astres secouoient Leurs raiz du chef : telles pitiés nouoient («) Dans le crystal de ses moites œillades.
CXCVIH.
e feu jumeau de ma dame brusloit,
1 Par le rayon de leur flamme divine ,
L*amas pleureux d'une obscure bruine Qui de leur jour la lumière celoit.
un bel argent chaudement s'escouloit Dessus sa joue, en la eorge yvoirine.
Au beau séjour de sa chaste poitrine.
Où l'Archerot ses flèches emouloit.
De neige tiède estoit sa face pleine, D'or ses cheveux , ses deux sourcis d'ébene ; Ses yeux luysoient comme un astre fatal.
Roses et lis où la douleur contrainte Formoit l'accent de sa juste complainte; Feu ses soupirs, ses larmes un crystal.
De voir son geste et les pleurs qu'elle verse ^ Pleins de regrets y que le Ciel escoutoit!