‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 80 sur 227 · I. Tiré d'un Baiser qui est en Aule Celle. (M · texte numérisé non relu

I. Tiré d'un Baiser qui est en Aule Celle. (M

Premier Livre. 125

A ce grand roy qui ne veut plus souffrir Qu'à mes chansons ton nom se vienne offrir.

c'est luy qui veut qu'en trompette -j'eschange Mon luth, afin d'entonner sa louange, Non de luy seul , mai^ de tous ^es a)retix Qui sont la haut assis au rang des Dieux.

Je le feray, puis qu'il me le commande, Car d'un tel roy la puissance est si grande , Que tant s'en faut ûu'on la puisse éviter.

Qu'un camp armé n y pourroit résister.

Mais que me sert d'avoir tant leu Tibulle, Gallus, Ovide, et Properce et Catulle, Avoir tant veu Pétrarque et tant noté , Si par un roy le pouvoir m'est osté De les ensuivre, et s'il faut que ma lyre.

Pendue au croc, ne m'ose plus rien aire^

Doncques en vain je me paissois d'espoir De faire un jour à la Tuscane voir Que nostre France autant qu'elle est heureuse A souspirer une plainte amoureuse , Et, pour monstrer qu'on la peut surpasser, J'avois desjà commencé dé trasser Mainte elecie à la façon antiaue , Mainte belle ode, et mainte oucolique.

Car, à vray dire, encore mon esprit N'est satisfait de cens qui ont escrit En nostre langue, et leur Muse mérite Ou du tout rien , ou faveur bien petite.

Non que je sois vanteur si glorieux D'oser passer les vers laborieux De tant d'amans qui se plaignent en France ; Mais pour le moins j'avoy bien espérance Que, si mes vers ne marchoient les premiers, Qu'iU ne seroient sans honneur les aemiers :

Car Eraton , qui les amours descœuvre , D'assez bon œil m'attiroit à son œuvre.

L'un, trop enflé, les chante grossement; L'un, énervé, les traine bassement;

L'un nous dépeint une dame paillarde; L'un plus aux vers qu'aux sentences regarde, Et ne peut oncq . tant se sceut desguiser, .

Apprendre Tart ae bien Petrarquiser.

Que pleures-tu, Cassandre, ma douce ame?

Encor Amour ne veut couper la trame Qu'en ta faveur je pendis au métier, Sans achever l'ouvrage tout entier.

Mon roy n'a pas d'une tigre sauvage Succé le laict, et son jeune courage, Ou je me trompe, a senti quelquesfois Le trait d'Amour, qui surmonte les roys.

S'il l'a senti , ma coulpe est effacée , Et sa grandeur ne sera corroucée

8u'à mon retour des horribles combats ors de son croc mon luth j'aveigne à bas, Le pincetant , et qu'en tieu des alarmes Je chante Amour, tes beautez et mes larmes :

Car l'arc tendu trop violentement Ou s'alentit, ou se rompt vistement.

Ainsi Achille , après avoir par terre Tant fait mourir de soudars en la guerre , Son luth doré prenoit entre ses mams , Teintes encor de meurdres inhumains , Et vis à vis du fils de Menetie Chantoit l'amour de Briseis s'amie, Puis tout soudain les armes reprenoit Et plus vaillant au combat retournoit.

Ainsi, après que rayeul(i) de mon maistre Hors des combats retirera sa dextre.

Se desarmant dedans sa tent^ à part.

Dessus le luth à l'heure tofi Ronsara Te chantera ; car il ne se peut faire Qu'autre beauté luy puisse jamais plaire , Ou soit qu'il vive, ou soit qu'outre le port, * Léger fardeau , Cfiaron le passe mort.

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