I. Eurysthée, qui commandoit à Hercule. (M
128 Amours.
Que tout son cœur sans raison bouillonnoit Au souffre ardent qui luy cuisoit les veines; Du feu d'Amour elles fumoient si pleines, Si pleins ses os, ses muscles et ses ners, Que dans HercuP qui dompta Tunivers Ne resta rien sinon une amour foie Que luy versoient les deux beaux yeux d'Iole.
Tousjours d'Iole il aimoit les beaux yeux , Fust que le char qui donne jour aux deux Sortist de Teau , ou fust que dévalée Toumast sa roue en la plaine salée.
De tous humains accoisant les travaux , Mais non d'Hercul' les misérables maux.
Tant seulement il n'avoit de sa dame Les yeux fichez au plus profond de Tame , Mais son parler, sa grâce et sa douceur Tousjours colez s'attachoient à son cœur.
D'autre que d'elle en son cœur il ne pense ; Tousjours absente, il la void en présence, Et de fortune , Alcid' , si tu la vois , Dans ton gosier bègue reste ta vois , Glacé de peur, voyant la face aimée ; Ore une fièvre ardamment allumée Ronge ton ame , et ores un glaçon Te fait trembler d'amoureuse frisson.
Bas à tes pieds ta meurdriere massue Gist sans honneur, et bas la peau velue Qui sur ton dos roide se herissoit , Quand ta grand' main les monstres punissoit.
Plus ton sourcil contre eux ne se renfrongne. vertu vaine , ô honteuse vergongne , deshonneur. Hercule estant donté.
Après avoir le monde surmonté {a) , Non d'Eurysthée ou de Junon cruelle,
û. Var. :
Aprls avoir le ciel courbe porté.
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Premier Livre. 129
Mais de la main d'une simple pucelle !
Voyez, pour Dieu ! quelle force a l'amour Quand une fois elle a gai^é la tour De la raison , ne nous laissant partie Qui ne soit toute en fureur convertie.
Ce n'est pas tout : seulement pour aimer Il n'oublia la façon de s'armer, Ou d'empoigner sa masse hazardeuse, Ou d'achever quelque emprise douteuse ; Mais, lent et vain, abatardant son coeur Et son esprit, oui l'avoit fait vainqueur De tout le monae (6 plus lasche diffame!), Il s'habilla des habits d'une femme, Et, d'un héros devenu damoiseau, Guidoit l'aiguille ou tournoit le fuseau , Et vers le soir, comme une chambrière , Rendoit sa tasche à sa douce geôlière.
Qui le tenoit en ses lacs plus serré Qu'un prisonnier dans les ceps enferré.
v^raiment, Junon, tu es assez vengée De voir ainsi sa vie estre changée.
De voir ainsi devenu filandier Ce grand. Alcid', des monstres le meurdrier.
Sans adjouster à ton ire indomtée Les mandemens de son frère Eurysthée.
Que veux-tu plus ? lole le contraint D'estre une femme : il la doute, il la craint; Il craint ses mafns plus qu'un valet esclave Ne craint les coups de quelque maistre brave.
Et, ce pendant qu'il ne fait que penser A s'atifFer, à s'oindre, à s'agencer, A dorloter sa barbe bien rongnée, A mignoter sa teste bien pignée , Impunément les monstres ont plaisir D'assujettir la terre à leur loisir, Sans plus cuider qu'Hercule soit au monde.
Aussi n'est-il : car la poison profonde Qui dans son cœur s'alloit trop dérivant , Ronsard, — I. 9
1^0 Amours.
L'avoit tué dedans un corps vivant.
Nous doacq^. Muret, à qui la raesme rage Peu cautement affole \t courage, S'il est possible , évitons le lien Que nous ourdit renfantXytherien , Et rabaissons la; chair qui nous domine Dessous le joug de la raison divins.. Raison qui deust au vray bien nous guider Et de nos sens maistresse présider.
Mais si l'Amour, las ! las ! trop misérable \ A desja fait nostrè playe incurable, Tant que le mal peu suiect au conseil De la raison desdai^e rappareil , Vaincus par luy, faisons place à Tenvie, Et sur Alcid' aesguisons nostre vie :
En cependant. Que les rides ne font Cresper encor le champ de nostre front , Et que la neige avant l'âge venue Ne tait encor nostre teste chenue^ Qu'un jour ne coule entre nous pour néant Sans suivre Amour : car il n'est mal-seant.
Pour quelquefois , au simple populaire , Des grands seigneurs imiter 1 exemplaire.
CHANSON
D'un gosier masche-laurier J'oy crier Dans Lycopnron(») ma Cassandre, Qui prophétise aux Troyens Les moyens
I . L]rcophron , natif de Chalcide , fut un des sept poètes qui florirent du temps de Ptoleraee Philadelphe , roy d'Egypte, et furent nommez la Pléiade. Ce Lycophron a fait un poème intitulé Cassandre, qui seul nous est demeuré, auquel il la feint prédire les maux qui dévoient arriver à la ville de Troye. (M.)
Premier Li/re. i}i
Sui les Feduiront en cendre, ais ces pauvres obstinez.
Destinez Pour ne Croire à leur sibylle , Virent , bien que tard y après
Les feux grecs Forcener parmy leur ville. Ayans la moit dans le sein ,
De la main Plomboient leur poitrine nue, Et tordant leurs cheveux gris,
De longs cris Pleuroient qu'ils ne Tavoient creue.
Mais leurs cris n'eurent pouvoir
D'esmouvoir Les Grecs, si chargez de proye' Qu'ils ne laissèrent sinon
Que le nom De ce qui fut jadis Troye.
Ainsi, pour ne croire pas
Quand tu m'as Prédit ma peiné future, Et que je n'aurois en don ,
Pour gnerdon De t'aimer, que la mort dure, Un grand brasier, sans repos.
Et mes os Et mes nerfs et mon cœur brûle , Et pour t'amour j'ay receu
Plus de feu Que ne fit Troye incrédule.
CHANSON
Depuis que je suis amoureux, Nul past, tantsoit-il savoureux, Ne vin, tant soit-il délectable.
1)1 Amours.
Au cœur ne m'est point agréable :
Car depuis l'heure je ne sceu Rien boire ou manger qui m'ait pieu { Une tristesse en l'ame close Me nourrit , et non autre chose.
Tous les plaisirs que j'estimois Alors que libre je n'aimois, Maintenant je les desestime :
Plus ne m'est plaisante l'escrime y La paume , la chasse et le bal , Mats comme un farouche animal Je me pers dans un bois sauvage y Loing des gens , pour celer ma rage.
L'amour fut bien forte poison Qui m'ensorcela la raison , Et qui me desroba l'audace
8ue je portoy dessus la face , Ce faisant aller pas à pas , Triste et pensif, le front à bas, En homme qui craint et qui n'ose Se fier plus en nulle chose.
Le mal que l'on feint d'Ixion N'approche de ma passion, Et mieux j'aimerois de Tantale Endurer la peine fatale Un an, qu'estre un jour amoureux, Pour languir autant malheureux
?ue j'ay fait depuis que Cassandre lént mon cœur et ne le veut rendre.
ELEGIE A JANET Peintre du Roy.
Pein-moy, Janet, pein-moy, je'te supplie Sur ce tableau les beautez de m'amie , De la façon que je te les diray.
Comme importun je ne te suppliray D'un art menteur quelque faveur luy faire ; Il suffit bien si tu la sçais pourtraire Telle qu'elle est, sans vouloir desguiser Son naturel pour la favoriser, Car la faveur n'est bonne que pour celles Qui se font peindre et qui ne sont pas belles.
ray-luy premier les cheveux onaelez, Nouez, retors, recrespez, annelez, Qui de couleur le cèdre représentent ; Ou les allonge , et que libres ils sentent Dans le tableau , si par art tu le peux, La mesme odeur de ses propres cneveux, Car ses cheveux comme fleurettes sentent
S Quand les zéphyrs au printemps les éventent. Fais-lui le iront en bosse revoûté , ur lequel soient d'un et d'autre cûté Peints gravement , sur trois sièges d'ivoire » La majesté, la vergogne et la gloire.]
Que son beau front ne soit entre-fendu De nul sillon en profond estendu ; Mais au'il soit tel qu'est la calme marine Quand tant soit peu le vent ne la mutine, ET que gisante en son lict elle dort , Calmant ses flots sillez d'un somme mort.
Tout au milieu par la grève descende Un beau ruby, de qui l'esclat s'espande Par le tableau , ainsi qu'on void cfe nuit Briller les rais de la lune, qui luit Dessus la neige au fond d'un val coulée.
De trace d'homme encore non foulée.
Après fay-luy son beau sourcy voutis D'ebene noir, et que son ply tortis Semble un croissant qui monstre par la nne Au premier mois sa vouture cornue.
Ou , si jamais tu as veu l'arc d'Amour, Pren le portrait dessus le demy-tour De sa courbure à demy-cerde close : .
134 vASffaoRS.
Car l'arc d'Amour et hiy n'est qu'tiiie'chbse. - Mais las! mon Dien^ mon Dien^ je ne sçay pas
Par quel moyen ny comment tu pemdras
(Voire eusses-tu l'artifice d'Apelle)
De ses beaux yeux la grâce naturelle.
Qui font vergongne aux estoilles des deux.
Que l'un soit doux, l'antre soit furieux;
Que l'un de Mars , l'autre de Venus tienne ;
Que du bénin toute espérance vienne,
ÉTdu cruel vienne tout desespoir;
Ou que l'un soit pitoyable à le voir,
Comme celuy d'Àriadne laissée
Aux bords de Die, alors que l'insensée,
Voyant la mer, de pleurs se consommoit
Et son Thesee en vain elle nommoit;
L'autre soit gay, comme il est bien croyable
Que l'eut jadis Pénélope kmable
Quand elle vit son mary fetonrné ,
Ayant vingt ans loing a'eile séjourné.
Après ray-luy sa rondelette oreille
Petite , unie , entre' blanche et vermeille ;
Qui sous le voile appardisse à l'égal
Que fait un lis enclos dans un crystal ,
Ou tout ainsi qu'apparoist une rose
Tout fraischement dedans un verre enclose.
Mais pour néant tu aurôis fait si beau
Tout l'ornement de foti riche tableau
Si tu n'avois delà lineature
De son beau nez t>ien t)ourtrait la peinture.
Pein-Ie raoy doné grésle , lonç , aquilin^ ' '
Poli, traitis, où t'ertvieux maïin,
?uand il voudroit, n'y sçauroit'qtlé reprendre; ant proprement tii le fer^s descendre Parmy la face ainsi comine descend Dans une plaine un petit mont aUi peiid.
Après au vif péin-moy Sa i>è\ié joueV Pareille au teint de la rose qui noue ' Dessus du laict, ou au teint blanchissant
PRBIMSI^^ L'IVRE. l^^
Du \h qui biise nfl œîRétron^ksânt.
Dans le miiiêfiportrxis une fossette*, ' Fossette, non, mais d^Amotir la Cachette, D*où ce garçon, de sa petite màirtf^ Lasche cent traits , et jamais lin en vain, Que par. les yeux droit au cdeqr i[ ne' touche.
Helas! Janet, pour bien peindre sai bouche , A peine Homère en àes vers te diroil' Quel vermillon égaler la pourroit :
Car, pour la peindre ainsi qu'elle itaerite , Peindre il &udroit cdte d\ine Charité; Pcin-Ia moy doncq qu'elle semble parler, Ores soutire , ores «mbasiner l'air De ne sçay quelle smibrosienae haleine; Mais par sur tout iay qù'eUe semble pleine De Ut douceur de persuasion!
Tout à Tentour attache «m miliotl •• De ris, d'attraits, de jeux, de courtoisies.
Et que deux rangs de permettes choisies D'un ordre égal, en la place des dents.
Bien jxrfiment soyent arrangev*dedans.
Pein tout au tour une iévre bessonne j Qui d'elle mesnie eh s'eslevant semonne Irestre baisée, ayant le tein pareil Ou de la rose^^ou du coural verfhèiî: ' Elle flambante au printemps sur Kespine, Luy rougissant aiu fond ûe h trizr\tie.
Pein son Mienton an milieu, foitedu, ' Et que le bout, en rondeur poihmchi.
Soit tout ainsi que l'on' void apparôistre Le bout d'un coinc qui ja COmîhi^nce à crdittre.
Plus blanc que laici vaille iies^tis lé jonc - Pein-luy le cd, maii peirf^c un pJetk'long, Gresie et cfaamii^ e( sa goreè ddâillëtte Comme le coi soit lin petit longuette.
Après fayiluy, par un juste cempias, Et de Janon les coudes et les bras^
Ijé AMOURS.
Et les beaux doigts de Minerve y et encore La main pareille à celle de l'Aurore.
Je ne sçay plus, mon Janet, ojx fen suis!
Je suis confus et muet ; je ne puis , Comme pay fait ^ te déclarer le reste De ses beautez, qui ne m^est manifeste , Las ! car jamais tant de faveur je n'eu
Sue d'avoir veu ses beaux tetins à nu.
ais, si Ton peut juger par conjecture^ Persuadé de raisons , je m'asseure
?ue la beauté qui ne s*apparoist doit stre semblable à celle que Ton voit.
Donque pein-la , et qu'elle me soit faite Parfaite autant comme Pautre est parfaite.
Ainsi qu'en bosse esleve-mo^ son sein , Net , blanc, poljr. large, profond et plein.
Dedans lequel mille rameuses veines De rouge sang tressaillent toutes pleines.
Puis, quand au vif tu auras descouvers Dessous la peau les muscles et les ners , Enfle au dessus deux pommes nouvelettes.
Comme l'on void deux pommes verdelettes D'un orenger qui encores du tout Ne font alors que se rougir au bout.
Tout au plus haut des espaules marbrînes Pein le séjour des Charités divines , Et que TAmour, sans cesse voletant, Tousjours les couve et les aille éventant.
Pensant voler avec le Jeu, son frère , De branche en branche, es vergers de Cythere.
Un peu plus basj en miroir arrondi, Tout potelé, grasselet, rebondi Comme celuy de Venus, petii son ventre; Pein son nombril ainsi qu un petit centf e , Le fond duquel paroisse plus vermeil Qu'un bel œillet entr'ouvert au soleiL
Qtt'attens-tu plus? PortrayHoaoy l'antre chose
Premier Livre 1^7
Qui est si belle, et que dire je n*ose, Et dont Tespoir impatient me poind ; Mais je te pry, ne me l'ombrage point, Si ce n'estoit d'un voile fait de soye Clair et subtil , à fin qu'on Tentre-voye.
Ses cuisses soyent comme faites au tour, En ^elissant , rondes tout à Pentour, Ainsi qu'un Terçie arrondi d'artifice Qui soustient ferme un royal édifice.
Comme deux monts enlevé ses genoux Douillets , charnus , ronds , délicats et mous , Dessous lesquels fay-luy la grève plene , Telle que l'ont les vierges de Lacene Quand: , près d'Eurote, en s'accrochant des bras , Luttent ensemble et se jettent â bas y Ou bien chassant à meutes découplées Quel(|[ue vieil cerf es forests Amyclées.
Puis , pour la fin , portray-Iuy de Thetis Les pieds estroits et les talons petits.
Ha y je la voy 1 elle est presque portraite ; Encore un trait, encore un; elle est faite.
Levé tes mains; hà, mon Dieu ! je la vqy'l Bien peu s'en faut qu'elle ne parle à môy.
CCXXUL
J'alloy roulant ces larmes en mes yeux , Or' plein de doute , ore plein d'espérance , Lorsque Henry, loing des bornes de Jr rance , Vengeoit l'honneur de ses premiers ayeux ; Lorsqu'il trenchoit d'un bras victorieux, Au bora du Rhin, l'espagnole vaillance, Ja se traçant de l'aigu de sa lance Un beau sentier pour s'en aller aux cieux.
Vous, sainct troupeau qui dessus Pinde errez , Et qui ae §^ce ouvrez et desserrez Vos doctes eaux à ceux qui les vont boire
Si quelquefois vqus ib'atn ^reâv£(«), Soit pour |im>ii ce tousptr «igravé Au plus laioct lieu du temple de Mémoire.
Veas sainct trauptau, mûn soutien et ma De qui te vo! m'a l'esprit tnlevi ^ Si autrefois m'avez permis de botrt
L'eaa dont amour a Pétrarque ahrtuvi.
LE SECOND LIVRE