‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 105 sur 155 · Livre quatriesme · texte numérisé non relu

Livre quatriesme

De tant de rois, sera moine tondu Et renfermé dedans un monastère 1 .

a Le tiers, qui vient pensif et solitaire,

Fera fouetter le chevalier Bodille, En lieu public, lié contre un posteau, Tout deschiré de veines et de peau.

a Bodille, plein d'un valeureux courage, Tousjours pensif |n si vilain outrage, Ne remaschant que vengeance en son cœur, Lairra couler quelque temps en longueur.

Puis, sans respect de sceptre ou de couronne (Tant le despit furieux l'espoinçonne) , Tout allumé de honte et de courroux , Ce roy peu sage occira de cent coups.

ce Luy, de son prince ayant la dextre teinte. Près le roy mort tura la royne enceinte; D'un mesme coup , tant son fiel sera grand , Perdant le père , et la mère , et Fenfant Qui se cachoit dedans le ventre encore.

Seigneur tro^en , le prince ne s'honore Defelonie ; il faut que la fierté (a) Soit aux lions, aux princes la bonté.

Comme mieux-nez , et qui ont la nature

a, Var. :

Toat allumé de honte et de fureur, Fera payer à ce roy son erreur Par son sang propre, en rougissant sa dextre Dedans le cœur ae son prince et son maistre.

Et d'an tel fiel sa vengeance emplira.

Que, le roy mort , la royne il occira.

Et son enfant enclos en ses entrailles.

Il faut qu*un roy soit cruel aux batailles Mais doux aux siens ; il faut que la fierté,,. I. Chilpéric.

H4 ^A Franciade.

Plus prés de Dieu que toute créature.

Ce roy doit estre abusé par flateurs , Peste des rois , courtisans et menteurs , Qui des plus grands assiégeant les aureilles , Font les discrets et leur content merveilles. Pource, Francus, si le Ciel te fait roy, Sage , entretiens des vieillars près de toy,

gui te diront leurs raisons sans feintise, n longs cheveux, en longue barbe grise.

« Ne vueilles point pour conseillers choisir Ces jeunes fols qui parlent à plaisir.

Le plus souvent les princes s'abestissent De deux ou trois que mignons ils choisissent , Vrais ignorans qui font les sufiisans , Qui ne seroient entre les artizans Dignes d'honneur, grosses lames ferrées Du peuple simple à grand tort honoras, Qui vivent gras des edits et des maux Que les rois font à leurs pauvres vassaux ; Tant la fa/eur, qui les fautes efface, Fait que le sot pour habile homme passe!

a Quelle fureur, qu'un roy, père commun, Doive cha:*.ser tous les autres pour un , Ou deux , ou trois , et blesser par audace Un masie cœur issu de noble race.

Sans regarder si le flatteur dit vray !

Ce ChiUieric doit cognoistre à Tessay Le mal qui vient at croire à flatterie.

Perdant d'un coup femme , enfant et la vie.

« Voy, Francion. ces autres rois doutez De vin , d'amour , de toutes voluptez , Qui, abestis, en un monceau se pressent, Et le regard contre la terre baissent.

Une grand' nue esparse sur leur front Les obscurcit ; regarde comme ils vont Effeminez, et d'une alleure lente Monstrent au front une ame nonchalante.

Ah malheureux 1 ils seront fils des tiens,

Page 1